LE DÉBUT DE LA FAIM ?
Une actualité chasse l'autre. Les tracteurs de la FNSEA, complaisamment autorisés à stationner en places publiques à Paris, sont rentrés à l’étable. Ceux de la Coordination rurale, sévèrement et financièrement réprimés par des forces de l’ordre au taquet, ont cessé de bloquer les accès à des autoroutes.
La crise que traverse le monde agricole français ne va plus faire l’actualité. Tout cela pour cela?
Thierry Hock, le représentant de la Coordination rurale (CR) du Boulonnais en fait le constat. « Soixante dix pour cent des Français nous soutiennent, mais on n’a pas vu grand monde sur les barrages.. ». Ben, oui! Les « gens » ont leurs propres soucis, un soutien moral, cela ne coûte rien. Il y a bien eu un geste des médecins en grève. « J’étais présent sur le barrage de l’autoroute A1. On les a vus passer quand ils se rendaient à Bruxelles (une vingtaine de bus, mais personne n’en a parlé!) ils avaient des bonnets jaunes eux-aussi ». Ah, c’était déjà un signe positif.
Le représentant de la CR poursuit. « Si les gens savaient le nombre de camions étrangers que l’on a contrôlés et ce qu’ils contenaient, ils comprendraient qu’ils sont eux aussi concernés ». Il est alors question des produits alimentaires de toutes sortes qui transitent et de leurs conditions de transport, produits qui viennent concurrencer les productions de l’agriculture française. C’est ce qui s’appelle la libre concurrence à la mode européenne. « Nous avions proposé à l’État une mesure simple: instaurer une TVA sociale sur ces produits importés et en dispenser les produits locaux… » L'idée n'a pas été retenue.
Mais il y a surtout ce sentiment de ne pas être entendus par la classe dite « politique qui ne connait rien à rien ».
T. Hock n’est pas tendre avec nos députés. « Nous avions adressé à tous les parlementaires un dossier complet pour qu’ils déposent une demande de RIP (référendum d’initiative populaire). Sur 577 députés, seule une centaine y a donné suite. Lors d’une rencontre j’ai demandé à un député du coin s’il avait bien fait suivre le dossier que je lui avais remis. Il m’a répondu par l’affirmative. Vérification faite, ce n’était pas vrai! ».
Le combat est-il perdu pour autant. Le représentant de la CR ne baisse pas les bras et il n’est pas le seul. Il cite l’Association le Réveil des Terroirs qui a pour programme de se battre « contre cette classe politique ».
Leur but est d’adjoindre au monde agricole, les pêcheurs, les artisans, le commerce, toutes corporations, la boucherie, la boulangerie… Leur objectif serait d’avoir à court terme cent mille partisans apolitiques. Davantage que bien des partis politiques.
On en saura peut-être davantage le 21 janvier puisque le monde agricole du Boulonnais a rendez vous avec le préfet pour la Commission locale de l’Eau.
C’est la réunion de cette CLE qui avait été à l’origine du premier rassemblement de tracteurs à Boulogne le 3 novembre dernier.
Il n’était alors pas encore question du début de la faim…
