UN HOMME BATTU...

...À PLATES COUTURES DEVANT LE TRIBUNAL

Tribunal judiciaire de Boulogne-sur-mer par un après-midi de janvier. Un sujet récurrent: violences intra-familiales. Seulement cette fois les rôles sont inversés.


Version masculine  LUI, il a la cinquantaine, il marche avec une canne. Il vient s’asseoir sur le banc de la partie civile. Il a déposé plainte pour harcèlement, etc, etc… Il en a tellement souffert qu’il n’en dort plus, a perdu l’appétit. Son bourreau, c’est sa future ex-épouse, celle avec laquelle LUI a engagé une procédure de divorce. Le juge des affaires familiales rendra sa décision dans deux mois. Mais aujourd’hui on est dans le judiciaire, c’est trop grave ce qui arrive à LUI. Comme le rappelle la présidente en étudiant sa plainte ELLE lui aurait laissé des quantités d'appels sur son téléphone au point que LUI a été obligé de le couper. Sans compter les SMS. Plus grave encore, ELLE passe régulièrement devant l’immeuble de Le Portel où LUI a trouvé refuge avec sa nouvelle compagne. Et même qu’elle s’arrêterait et jetterait des regards vers l’appartement. LUI, il n’en peut plus. Il veut que cela cesse. Et que ELLE soit condamnée à lui verser mille euros au titre de son préjudice moral et d’endormissement.  

Version accusation  Pour Madame la procureure, dont le rôle consiste à soutenir l’accusation, les faits sont là. ELLE a bien, à de multiples reprises, tenté de joindre LUI sur son téléphone. Elle lui a bien laissé des SMS. ELLE passe bien régulièrement devant l’appartement ou LUI a emménagé avec sa nouvelle compagne. Oui, ELLE cause un préjudice à son futur ex-mari qui a retrouvé un travail et qui veut mener une autre vie loin de ELLE. Loin de son ex! Enfin de sa presque ex puisque le divorce n’est pas encore prononcé. Mais ce brave homme a quand même bien le droit pour lui, soutient la procureure démontrant ainsi que l’on peut être une femme et soutenir la cause masculine. Et qui réclame que le tribunal prononce une peine de trois mois de prison, avec sursis bien sûr, contre ELLE.  


Version défense féminine  Pour l’avocate de ELLE, ce serait LUI le bourreau dans cette histoire. LUI qui aurait profité de ELLE pendant des années. Pendant qu’il ne travaillait pas c’est ELLE qui l’a soutenu à bout de bras. Et c’est quand LUI a retrouvé du boulot que tout a dérapé. Car, sur son nouveau lieu de travail, LUI a rencontré un nouvel amour en la personne d’une collègue. Et c’est pour aller vivre avec cette femme, plus jeune que l’autre, que LUI a quitté le domicile conjugal. Et si ELLE a appelé LUI a de multiples reprises, c’était uniquement parce qu’elle voulait définir avec LUI les procédures préalables du divorce que LUI avait engagé. Et si on a pu comptabilisé près de cinquante appels, de la part de ELLE sur le téléphone de LUI, ils se sont échelonnés sur près de trois mois. Soit à peu près un tous les deux jours. Sans jamais obtenir de réponse. On est loin du harcèlement. Et si ELLE passe régulièrement devant l'appartement portelois qui abrite les nouvelles amours de LUI, c’est parce que le nouveau nid d’amour de son futur ex-mari se trouve moins de cent mètres de là où ELLE habite depuis longtemps, et que c’est sa route habituelle. Pour conclure, la défense va faire valoir que le dossier de l’accusation est entaché d'un vice de procédure ou d'une absence de preuves.  

Version tribunal  Considérant que LUI n’a pas apporté de preuves formelles et incontestables d’un véritable harcèlement, considérant que le dossier d’accusation comporte au moins une erreur de procédure, le tribunal, après délibéré, déclare que ELLE va bénéficier d’un jugement de relaxe. Et qu’elle n’aura pas à verser d’indemnité à LUI. Toutefois, le même tribunal ne manque pas de donner à ELLE une leçon de savoir vivre en lui recommandant de ficher la paix à celui qui sera prochainement son ex-mari. Faute de quoi,…  

Conclusion:  
LUI a quitté le tribunal, la queue basse, en boitillant, sans prendre trop la peine d’entendre les explications de son avocat très discret lors des débats. ELLE est soulagée. Quoi que pas encore relaxée, dans le sens physique et moral du terme.  
Reste une question qui restera sans réponse: quelle aurait été la décision du tribunal si ELLE n’avait pas bénéficié de l’intervention d’une avocate très pointue et très motivée dans son argumentation..?