MORGAN DE TOI OU UN AMOUR FOU
Scène assez inhabituelle ce jeudi-là au tribunal de Boulogne avec la présence de quatre gardiens de la pénitentiaire dont un en civil.
Il s’agissait de tenter d’essayer (redondance volontaire) de comprendre le comportement d’un homme vis à vis de sa compagne.
Lui, il s’appelle Morgan, il aura bientôt 33 ans, l’âge du Christ, et lui aussi a suivi un chemin de croix et s’en va vers son calvaire.
A priori, l’affaire est simple. A l’été dernier, Amélia, sa compagne, s’était plainte de son comportement violent. Le 29 août le tribunal avait condamné Morgan à une peine symbolique avec sursis, peine assortie de l’interdiction, pour lui, de se rapprocher d’elle.
Une interdiction qu’il avait respectée pendant deux jours. Dès le premier septembre il avait retrouvé le chemin de son coeur. Un amour fou, on vous dit. Tellement fou qu’il conduisait Morgan à se montrer d’une jalousie et d’une possessivité maladives. A se comporter comme si il était le gardien des jours et des nuits d’Amélia, au point de contrôler ses moindres faits et gestes et de restreindre sa liberté. Mais ce n’était pas tout.
Régulièrement, selon les dires de la jeune femme, il la menaçait, l’insultait. Et puis, comme elle était enceinte, il lui laissait entendre qu’il ne reconnaîtrait pas l’enfant. Une seconde plainte fut déposée en novembre. Pour non respect de la mesure judiciaire d’éloignement, l’homme a été incarcéré en novembre. A l’issue de près de deux mois de séparation, Morgan et Amélia se sont retrouvés sur les bancs du tribunal, presque face à face. Entretemps la jeune femme avait accouché d’un petit garçon dont le prévenu était le père.
Lors de son interrogatoire par les magistrats, Morgan a bredouillé quelques excuses, a contesté quelques accusations. Sans conviction. Comme K.O. debout.
Pour la partie civile, Amélia a été plus diserte. Bien plus diserte, la parole facile, les termes mesurés. Un débit et une expression qui ne manquaient pas de surprendre venant de cette petite femme que l’on avait pu croire, un temps, effondrée sur son banc.
Après cette intervention, après qu’elle fût revenue s’asseoir face à lui, Morgan ne cessa plus de lui jeter des regards par intermittence. Sans doute venait-il d’admettre enfin que sa « chose » lui échappait. Définitivement.
Dans son réquisitoire la procureure réclama une peine de prison avec un sursis probatoire. Probatoire comme celui que le prévenu n’avait pas respecté précédemment.
Dans le climat ambiant, on avait déjà admis que la conclusion du tribunal ne laisserait pas de surprise.
Avec beaucoup de passion, l’avocate de l’amoureux fou, tenta d’adoucir la sanction qui s’annonçait.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux.
On en sait de mortels qui sont de purs sanglots.
Les sanglots furent au rendez-vous de la famille du prévenu venue assister à l’audience. Le tribunal venait de condamner leur fils et frère à dix huit mois de prison, dont dix avec sursis. Avec retour immédiat vers une cellule.
Morgan vit alors ses trois collègues en uniforme lui re-passer les menottes en vue de le reconduire à la maison d’arrêt. Oui, ils étaient entre confrères. Morgan s’était lui aussi, depuis 8 ans, engagé dans la profession de gardien de prison.
Contrôler la liberté des autres, une vocation ou une obsession chez lui?
La question n'a pas été débattue.
* Morgan(e) de toi" est le titre d'une chanson de Renaud (Amoureux de toi)