LE MARGAT, LA QUEUE DU CASTOR...

...ET L'ARNAQUE IMMOBILIÈRE

L.J. : Bonjour, mon cher Margat. Alors, comment va la vie aujourd'hui, tu me sembles bien décidé…
L.M. : On pouvez l'dire, ej viens ed'prinde eune grinde décision
L.J. : Je suis content pour toi. Je peux savoir laquelle?
L.M. : Ej'sors del banque et j'ai dit à min conseiller que je n'voulois pu faire un plan d'épargne logemint et qu'il armette sur min compte courant les cinquante euros qu'j'avois déjà versaïe sur el compte épargne.
L.J. : Je ne savais pas qu'il était dans tes intentions d'acquérir un bien immobilier dans le futur. Et comment envisages-tu désormais de financer cette acquisition?
L.M. : C'est bin simpe, j'veux pu jamais ête propriétaire immobilier.
L.J. : Et qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?
L.M. : On allez comprinde. On voyez les maisons du quartier Gounod, là-bas au bout du Quémin Vert. D'après min Grand-Père avant ça s'appeloit el cité des Castors. 
L.J. : Oui, effectivement, ce nom est resté longtemps…
L.M. : Un d'ses copains, qui l'étoit pus vieux qu'min Grand-Père, il avoit construit li-même es'maison dins les années cinquante Et d'pis, il l'avoit jamais quittaïe et y vouloit mourir e'dins.
L.J. : Cela ne me parait pas idiot. Et alors?
L.M. : Alors es'femme alle a mouru avant li.
L.J. : C'est rare mais ça arrrive. Et alors…
L.M. : Alors il a été obligeaïe ed vinde s'maison. D'après la loi, eune fois s'femme partie, il avoit un an pour régler el'succession
L.J. : Hola, je sens venir le drame
L.M. : Tout just' August' ! Eune fois el succession faite par el notaire il n'avoit plus droit qu'à 60% d'el maison, et l'reste c'étoit pour ses éfants…
L.J. : Je suppose que les enfants ont attendu pour toucher leur part.
L.M. : Nan, c'étoit pon possibe, surtout qu'y n'à un qui avoit besoin d'largint pour régler les dettes de s'maison à li qu'alle étoit pon finie ed'payer
L.J. : Et comment s'est terminée cette embrouille.
L.M. : Eh bin l'notaire il a mis l'maison in vinte et alle est partie tout d'suite. Du coup l'copain d'min Grand-Père il est parti dins eune maison d'artraite et il est mort peu d'timps après. Tout ça parce que l'Etat y s'mêle de c'qui l'arguette pon.
L.J. : Je suis entièrement d'accord avec toi. La maison, cet homme l'avait méritée, elle lui appartenait, la loi française n'avait pas à s'en mêler. Les enfants n'avaient qu'à attendre. Mais il y a une explication à cela. Quand il y a partage pour une certaine valeur, l'Etat prend encore 30% de taxes sur une partie de l'héritage.
L.M. : Eh, bin voilà pourquoi j'veux pon être propriétaire d'un bien pour que je paie des impôts ed'sus et pis quand que j'srais mort, l'Etat y l'in arprindra incore un peuw. Ah les voleurs..!
L.J. : Effectivement c'est une façon de voir les choses. Au fait mon cher Margat, sais-tu pourquoi ce lotissement s'est appelé Cité des Castors?
L.M. : Ui, min Grand-Père y m'l'a racontaïe. Parce qu'à l'époque, les gins qui construisoient eux-mêmes lu maison y z'avoient des aides des allocs in fonction du nombre d'éfants qu'y faisoient. 
L.J. : Je ne vois toujours pas le rapport
L.M. : Bin, parce que , comme les castors, y z'amélioroient lu construction avec lu queue… Lu queue..? on voyez ça que ça vouloit dire?
EL.J. : Eh bien tu vois, j'ai préféré que ce soit plutôt toi que moi qui la fasses celle-là. Sacré Margat, tu n'en rates jamais une.