AU TRIBUNAL, IL Y A VIOLENCE ET VIOLENCE
Deux affaires lors de la même audience, deux ambiances.
I) Il est beaucoup question en ce moment dans les médias de la violence des jeunes dont les observateurs tentent de définir les causes ou les origines. Mais avec l’arrivée de Michel dans la salle d’audience du tribunal, c’est sur la violence des « vieux » qu’il faudrait aussi se pencher.
L’homme a soixante six ans et une sacrée collection de condamnations pour violences. Uniquement des violences conjugales. Quelque part, cela se comprend. C’est qu’il n’est pas vraiment taillé comme un athlète, le Michel, alors il sait choisir ses cibles.
Devant le tribunal, il ne regrette rien. Il assume. Mieux, il revendique. Reconnaît qu'il a la gifle facile. Rien ne parait le démonter. Pourtant il est arrivé au tribunal accompagné de gardes pénitentiaires. C’est parce que la justice n’avait pas apprécié qu’il ait passé outre une précédente décision judiciaire lui interdisant de s’approcher de sa dernière victime, son ancienne compagne. Il a donc séjourné en prison pendant les quelques jours qui le séparaient de sa comparution du jour.
Selon son point de vue, le Michel avait une bonne explication pour ne pas respecter l’interdiction. C’était pour changer de chaussures, explique-t-il au tribunal comme si cela allait de soi. La présidente, avec patience et constance, tente de comprendre les raisons de son comportement. L’alcool peut-être, suggère-t-elle pour expliquer une affaire antérieure de coups portés à sa concubine? Que nenni. « J’ai déjà bu plus que cela sans problème » réplique-t-il, tout en confirmant son penchant pour l’alcool. Se souvient-il alors des raisons qui l’avaient conduit à ce déchaînement? Spontanément il répond: « Oh, non! ça ne m’a pas marqué ». Moins que sa compagne en tout cas.
Au terme de son interrogatoire, on ne comprend toujours pas pourquoi le 5 novembre dernier il a brandi un couteau à cran d’arrêt sous le menton de son ex-partenaire. Manifestement les juges ne savent plus quoi faire de lui. Mais lui semble déjà être passé à autre chose. C’est presque blasé qu’il fait face au tribunal quand la sentence tombe. Huit mois ferme avec retour en prison.
Si il avait cru faire face avec cran, il finit néanmoins aux arrêts.
Un juste retour des choses?
2) C'était du lourd! Alors changement de profil avec l’autre affaire de violences du jour. Rémy, le prévenu, n’est pas présent. Il est représenté par une avocate qui expliquera, plus tard, la raison de l’absence de son client. Le jeune homme de 26 ans est poursuivi pour deux agressions sexuelles présumées commises à l’été 2020.
Rémy n'est pas un inconnu au tribunal de Boulogne. Il y a quelques mois il a déjà comparu pour une autre histoire de violences postérieures à celles du jour. Il a été plutôt sévèrement condamné.
C’est à l’occasion de l’instruction de cette affaire-là que les enquêteurs avaient recueilli des témoignages afin de conforter leur position. Deux jeunes femmes avaient alors raconté que Rémy les avait, un jour, draguées assez lourdement. L’une, qui avait été sa compagne alors qu'elle avait vingt ans, lui reprochait ses trop fréquents besoins sexuels. L’autre avait expliqué que lors d’une fête entre amis, il avait profité d’une danse pour se « frotter » un peu, et qu’elle l’avait remis sa place. Sans plus. Pas de quoi fouetter un chat. Pourquoi, alors, le parquet avait-il trouvé opportun d'engager un second procès contre Rémy, quitte à transformer les deux femmes témoins en victimes inconscientes? C'était la question du jour. Sans réponse.
Rémy se retrouvait ainsi poursuivi pour agressions sexuelles alors que ses présumées victimes n’avaient même jamais porté plainte. D’ailleurs, dans son réquisitoire, avec un sens de l'équité qui mérite d’être souligné, le procureur reconnaissait que les faits n’étaient pas clairement établis et il requérait la relaxe pour Rémy. C’est finalement l’avocate qui tira la morale de cette histoire. « Mon client manque d’élégance avec les femmes » dira-t-elle en termes mesurés. D’une manière triviale, elle aurait pu dire qu'il s'était comporté comme un gros lourdaud. C’est sans doute ce qui l’avait desservi lors de son précédent passage devant la justice, avec à la clef une condamnation à une lourde peine de prison, peine malgré tout assortie d’aménagements. Alors l’avocate conclut sa plaidoirie en ces termes: « Mon client a tellement eu honte d’avoir été représenté ainsi, en public, qu’il ne se sentait pas la force de revenir aujourd’hui dans cette salle d'audience ».
Il a peut-être eu tort. Le contexte n’était plus le même. Rémy aurait pu recevoir le nouveau jugement comme correspondant mieux à sa personnalité d’alors.
Car après un bref délibéré, le tribunal a relaxé Rémy des faits d’agressions sexuelles qui lui étaient reprochés.
Peut-être en référence au fait que si tous les “gros lourdauds” devaient comparaître, les tribunaux seraient vite débordés.