LA DÉRAISON DES PLUS FORTS...
Quand un type d’un mètre quatre-vingt cinq et quatre-vingts kilos, dans la force de l’âge, avec le concours d’un complice, s’en vient sortir de chez lui un septuagénaire d'un mètre soixante afin de le massacrer à coups de pieds et de poings, … Quand les mêmes s’en vont tirer (par les cheveux!) d’un lit médicalisé une septuagénaire toute frêle pour la jeter au sol… Quand ceux-là s’acharnent sur le fils de la maison au point de le laisser inanimé et ensanglanté sur le trottoir, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne plus rond au pays de macron, Nuñez et Darmanin.
Alors, bien sûr, ces deux-là vont être jugés et punis. Mais quid des victimes?
Comparaissant ce jeudi matin-là devant le tribunal, Dylan et Maxime ont été condamnés respectivement (mais méritent-ils ce respect?) à cinq ans et quatre ans de prison. Peines assorties d’un sursis de deux ans et complétées par la révocation d’un autre. Un autre sursis antérieur s'entend, et là, on entre dans les subtilités de la justice française… Alors passons.
En gros, ils effectueront deux années de prison complètes, à peine plus selon les remises.
Devant les magistrats d’une rare patience, les deux compères se sont régulièrement rejeté les responsabilités tout en assumant globalement les faits. Oui, Marie-Jeanne a bien été éjectée de son lit de malade, mais ils ne savent plus très bien pourquoi. Oui, Bernard et ses soixante kilos ont été boxés et piétinés de la tête aux pieds mais on n’en connaît pas la raison. Oui, Didier le fils, a bien été abandonné pour mort sur le trottoir mais les motifs de cette agression restent inconnus. Sûr que la scène s’est produite nuitamment, vers une heure du matin, après que le duo infernal ait fait sauter la porte d'accès au logement à coups de pieds. Sûr que le combat inégal a été observé par quelques voisins. Sûr que la scène s’est déroulée sous les caméras du palais de justice qui n’ont laissé aucun doute ni sur la violence et la lâcheté des coups qui ont été portés, ni sur l'identité des auteurs.
À part cela, quid du fond de l'histoire? Comment peut-on en arriver là? Les juges ont bien tenté d’éclaircir le sujet. Dylan, à moins que ce ne soit Maxime, a bien raconté qu’ils étaient tous les deux bourrés. Ah, l’alcool comme explication sinon comme excuse à la violence...! Comme si personne n’avait jamais connu des alcooliques joyeux et amicaux. Mais il y a la drogue aussi. Et là, c’est plus sérieux. Il parait que les deux en usaient, voire en abusaient. Oui mais, là encore, c’est peut-être une explication, pas une excuse. Alors, oui, Dylan, à un moment de l’interrogatoire, a laissé échapper une larme. Furtive. De regret? Pourquoi pas.
Les deux risquaient une peine de 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende. Les juges ont infligé le maximum de détention à l’un, quatre années à l’autre. Ils devront en outre solidairement verser 1.500 euros à chacune de leurs victimes.
La sentence est tombée. Dylan est reparti tout droit en prison. Tout droit. Pas comme Bernard, sa victime. Lui, il ne marchera plus jamais droit, c’est fragile à cet âge là une colonne vertébrale.
Suite à l'agression, après avoir passé huit jours en réanimation, il a subi diverses opérations, dont une pose de broches. Il vit désormais sous morphine.
Il y a des moments où on n’a pas envie d’être juges. Et de risquer la frustration! Que faire de ces individus sinon leur faire confiance pour l’avenir? Eh, oui, car y’a pas l’choix.
Car il y en a un qui est déjà libre et qui a promis de s’assagir, parce qu’il est devenu papa d’un enfant d’un an et demi. Quant à l’autre, il a promis qu’il avait enfin rompu avec la drogue… Au moins depuis qu’il est en prison. Manquerait plus…
Pendant ce temps là, à un jet de bouchon de la salle d’audience, dans leur petit appartement qui donne directement sur la place, Marie-Jeanne est traumatisée pour le restant de ses jours. Son mari ne marche plus droit et ne sort même plus de chez lui pour faire ses courses. Il y a un peu plus de deux ans il allait encore à pied jusqu'à l'hypermarché de la Liane en poussant son épouse dans son fauteuil roulant. Il attend aujourd'hui de passer devant des experts médicaux pour négocier ses indemnités qui lui permettront, peut-être, d'accéder à des soins de réparation.
Quant au fils, un cinquantenaire qui a repris le boulot après ses opérations pour multiples fractures, il est étonnant.
Il s’est dit satisfait d’apprendre que ses bourreaux avaient manifesté du regret.
On vit des expériences nouvelles tous les jours dans et autour du tribunal judiciaire de Boulogne sur Mer.