LE MARGAT: QUAND LE MAIRE MONTE
Le Journaliste : Dis moi, cher Margat, tu me sembles un peu perturbé aujourd'hui.
Le Margat : Bin ui, figurez vous que c'matin pour el'première fois j'avois intindu m'grand-mère et min grand-père qui z'étoient pon d'accord.
LJ: raconte moi cela, tu m'intéresses. Eux, le couple exemplaire que tu ne cesses de me citer…
LM: Quand j'sus rintraïe à lu maison, m'grand-mère alle me dit “té rin compte min ptit fiu qu'on sommes intouraïes ed'fachos” alors que j'avois pon cor eu l'timps de m'poser sur eune cayelle
L.J. : Elle avait sans doute regardé céniouse. Mais que vient faire ton grand père dans cette histoire?
L.M. : Attindez, j'y arrive. Em'grand-mère alle disoit que tout ça c'étoit d'el faute ed'Méchanlon et des communisses…
L. J. : Bon, disons pour ne fâcher personne que c'était peut-être un peu exagéré. Quoi que! Et ton grand-père, pourquoi il était fâché..?
L.M. : Bin, min grand-père il a pon oubliaïe qu's'in père il avoit été communisse et qu'li-même il avoit un peuw flirter avec… Alors y vouloit pon qu'on garotte tout l'monde dins l'même sac.
L.J. : C'est sûr. Mais il reste quand même cette histoire de Jeune Garde qui passe mal. Et qui fait mal!
L.M. : Justemint, j'ai tout d'suite arbondis là-dessus. J'lu z'ai dit qu'à Boulonne on z'avoit de l'chance et qu'y avoit pon d'mitinge politique à l'Université du Littoral.
L.J. : Oui, et qu'il n'y avait pas non plus d'équivalent de la Jeune Garde pour appuyer les partis politiques.
L.M. : Exactemint. Alors pour les faire rigoler, je lu z'ai dit qu'el maire ed Boulonne, li, y comptoit plutôt sur s'vieille garde pour s'faire réélire.
L.J. : Qu'est-ce que tu entends par là?
L.M. : Que l'maire sortant y peut plutôt compter sur les pus d'soixante ans, sur ceux qui viennent chercher lu colis ou qui viennent minger et rigoler dins ses banquets des troisième et quatrième âges. C'est ça qui s'appelle el'Vieille Garde! Ceux-là, y n'feroient pon d'mal à eune mouque!
L.J. : Tu as raison, l'humour ça marche toujours. Et comment s'est finie la discussion
L.M. : Mi, on m'connaissoit, jj'me sus pon arrêté là. Jl'lu z'ai dit qu'Ici, y'a pon d'antifachos car y'a pon d'fachos pour nous fâcher même pon quand y fait chaud.
L.J. : C'est presque un sketch. Tu en es resté là?
L.M. : J'ai ajoutaïe que même si à Boulonne on auroit parfois bin besoin d'antimites, ici y'avoit pon d'antisémites! Y''avoit même gramint d'gins qui n'savoient pon quo qu'ça vouloit dire antisémites.
L.J. : Tu en a d'autres comme cela?
L.M.: Ui, bin sûr. Comme el'maire y monte ses voix avec des vieux, j'lu z'ai canté eune canchon ed Raoul ed' Godewarsvelde.
L.J. : Ah, oui, laquelle?
L.M. : Quand le maire monte, Géronteeeuux, géronteeuuux
L.J. : Dis donc, c'est un festival. Et alors comment cela s'est terminé votre échange.
L.M. : Bin, pour arvenir sérieux, J'leur z'ai dit que c't'histoire ed'jeune garde violente c'étoit aussi eune bonne occasion pour détourner l'attention des autes problèmes. Et là, mes grinds-parints y sont tombés d'accord.
L.J. : Ainsi, tu devrais être rassuré, au contraire…
L.M. : Si on veut. Du coup, grand-mère et grand-père y s'sont racamaillés. Y s'sont levés et y sont sortis d'el pièce, bras dessus, bras dessous. Et y m'ont plinté là comme un pot d'fleurs.
L.J. : Donc tu devrais être content. Qu'est-ce qui te contrarie encore?
L.M. : C'est quand j'les ai vus partir vers lu chambre qu'ça m'a perturbé. Je m'sus dit : pourvu qu'y z'in profitent pon pour nous faire un pt'it facho. Ça s'roit fâcheux.
L.J. : Sacré Margat, je me suis encore fait avoir!