Choses vues et entendues place de la Résistance

Pas de quoi fouetter une chatte au tribunal ?

Même en étant présente cinq jours par semaine aux audiences du tribunal judiciaire, il y a des épisodes que la presse classique ne relate jamais. Des épisodes souvent inédits qui sont autant, sinon davantage, éclairant quant à la vie quotidienne, vue à travers le petit bout de la lorgnette, de la juridiction pénale. Qu'on en juge, si l'on peut dire…

Prenons Arnaud, cet homme dans la cinquantaine qui est arrivé encadré par quatre policiers. Il la ramène quand même un peu. Un peu trop.  À un moment de l'audition, la magistrate lui demande s’il a encore l’âge de se faire entretenir par sa mère. Textuel. Fort heureusement, à la fin de cette comparution, sa mère n’aura plus cette charge. Son entretien quotidien, Arnaud va le voir pris en charge par l’administration pénitentiaire pour un an encore.

Malgré une première mise en garde, l’homme n’a cessé envoyer des messages jugés injurieux à son ancienne compagne. Selon la juge, il lui aurait même, proposé, alors qu’il était enfermé en cellule,  d’aller lui baiser sa chatte. (textuel). Un ami des animaux incompris, sans doute.

Reste que personne, à ce moment, ne s’est étonné de constater qu’un homme banal, sans aucun moyen financier, puisse pouvoir utiliser à loisir un téléphone alors qu’il est incarcéré. Allo? Il y a quelqu’un? 

 Il y a aussi Claude et Dominique (prénoms d'emprunt) qui formaient un gentil couple avant de se séparer. Et depuis, entre les deux, c’est un sac d’embrouilles. Dominique a même déposé plainte pour harcèlement. 
Et c’est ainsi que Claude se retrouve à la barre du tribunal pour répondre de ces faits. Mais rien n’est clair. Il y a manifestement des histoires d’argent dans l’air mais pas que. Claude a perdu quelques mois plus tôt un enfant. Et dans un moment de colère Dominique lui a balancé « Va le rejoindre! » Pas très gentil de la part de quelqu’un qui se plaint de harcèlements…

Pour le procureur, la personne qui se trouve à la barre, face à lui, est en même temps une victime. Il n’envisage donc pas une condamnation. Le tribunal va suivre ses réquisitions et prononcer une relaxe pour Claude. Celle-ci quitte alors la barre, visiblement soulagée. Dominique, elle, ne va pas être contente. Elle espérait toucher une indemnité pour son préjudice moral. Dans les couples entre lesbiennes, on ne se fait pas non plus de cadeaux. La femme est vraiment l'égale de l'homme.

Il y a Thomas et Kévin. Le 10 février dernier les deux jeunes hommes se font gauler à Saint-Etienne-au-Mont avec une provision de stupéfiants. Le 13 février ils comparaissent devant le tribunal pour des faits pour lesquels ils sont en état de récidive. Ils sont assistés par deux avocats qui ne connaissent rien de leur dossier et qui demandent le renvoi de l’affaire à une date ultérieure. Mais que faire d’eux en attendant cette comparution? Les avocats plaident pour une remise en liberté avec un contrôle judiciaire strict, assurant que les deux gars présentent des conditions de représentation suffisantes. Ce n’est pas l’avis des magistrats qui décident de maintenir les jeunes hommes en détention. Colère de l’avocat de Thomas qui porte le prénom d’un héros de la légende du Roi Arthur. Il n’emportera pas le Graal ce matin là. Quant à l’avocate de Kevin, elle est littéralement abattue. Elle en vient même à se demander, tout haut, si elle ne va pas s’arrêter de plaider.

Il y a des défenseurs, même désignés d’office, qui prennent vraiment à coeur les intérêts de leurs clients.  

Et puis il y a Chritina. Elle est grecque mais réside en France. Elle comparait pour avoir apporté une aide à un étranger en situation irrégulière le 29 août dernier. Un délit que l'article 622-4 du code pénal punit de cinq ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende. Voilà ce que comprend la jeune femme quand elle se présente. Elle ignore encore que dans son cas, puisque c’est la première fois et que son rôle avait quand même été réduit, la justice va être bien plus clémente. Huit mois avec sursis. Et pas d’OQTF. C'est le jugement qui vient d'être rendu.
Christina en pleure presque de joie et de reconnaissance envers ses juges. Et quand la présidente lui dit qu’elle va devoir payer 220 euros pour les frais de justice et qu’elle peut avoir 20% de réduction si elle paie dans les huit jours (c’est la loi) elle indique qu’elle veut payer tout de suite. Elle réclame la facture pour aller régler sa dette, dans le palais de justice même. Alors elle quitte la salle en souriant, en saluant ses juges, en les remerciant. 
De mémoire de témoins, on n’avait jamais vu quelqu’un aussi heureux d’aller verser sa contribution au fisc. De surcroît après une condamnation.
 Il faut venir au tribunal pour voir et entendre cela…