FLORIMOND LE MAGNIFIQUE
Florimond est un beau garçon né vingt quatre ans plus tôt à Kinshasa au Congo francophone. Il est arrivé en France avec sa famille quand il avait six ans. Depuis il fait son chemin tout seul ou en très mauvaise compagnie, ce qui lui a déjà valu de comparaître deux fois pour des trafics de stupéfiants.
Le 18 février, Florimond prend la route depuis Lille pour se rendre dans la Capitale de la côte d'Opale. Arrivé à vingt kilomètres de Boulogne, il est intercepté par les Douanes qui fouillent minutieusement son véhicule sans rien y trouver de suspect. Mais au lieu de s'en contenter, les gabelous font appel au renfort d'un chien renifleur qui déniche (rires) très vite sous le siège passager une véritable cage métallique renfermant un kilo de cannabis. Après 24 heures de garde à vue Florimond fait un détour en prison avant d'arriver devant les juges boulonnais ce lundi en comparution immédiate. Jusque là, l'histoire est banale. La suite l'est moins.
Car il va faire une grande impression Florimond. Pour commencer, il ne nie rien des cinq motifs qui l'ont amené devant les juges, et pourtant tout cela n'est pas rédigé dans un langage vernaculaire. Ou bien il est très fort, ou bien il a été bien préparé et il est très fort. C'est même le roi de la palabre, en bon africain de l'ouest qu'il est resté. Il parle, il parle, il parle. Il ne dit rien d'important, mais il parle. Il met le tribunal de son côté. On apprend quand même que s'il a accepté de faire ce transport, dont il n'ignorait rien de son objectif, c'est parce qu'il a une dette. De combien? Si je vous dis de cinq mille euros, ça vous va Monsieur le juge, ça vous va ou je vous en mets un peu plus! (rires). Non, c'est une blague! Florimond est certes volubile mais il a le respect du tribunal. Cinq mille euros ça paraît une belle dette, alors allons y pour cinq mille. A t-il rempli ses précédentes obligations judiciaires comme de trouver un emploi rémunéré? Assurément, il précise d'ailleurs qu'il gagne mille cinq cents euros par mois. Pas assez pour régler sa dette bien sûr. C'est quoi son métier? Il travaille chez Amazon. Il est livreur, il ne peut pas l'inventer celle là. Livreur.
Les juges ne sont toutefois pas dupes. Ainsi l'un d'eux demande à Florimond si il pense que son fameux contrôle douanier était bien le fait du hasard. Le jeune homme y répond avec sa logorrhée habituelle. Il a une explication sur tout. Quand vient le tour des réquisitions, le procureur est loin des vingt ans de prison potentiels qu'encourait le récidiviste. Douze mois ferme, cela fera l'affaire. Pour le maigre public on n'est pas encore au bout des surprises. Florimond s'est bien dit désargenté et avec une dette qu'il est incapable de rembourser. Mais l'avocat qui s'avance pour le défendre est venu, exprès, du barreau de Béthune. Bon, en attendant de régler les honoraires, c'est quand même le bon choix. Me Florczak connaît son métier. Son talent consiste à convaincre le tribunal que Florimond, avec son jeune âge, son allure élancée, son air gentil, son désir de s'en sortir, le fait qu'il avait respecté ses précédentes obligations, mérite encore une chance.
Le défenseur ne va pas être déçu. Quand le tribunal revient, la sanction tombe. Neuf mois plus trois mois de prison ferme égalent douze mois ferme. Voilà, en substance, ce qu'annonce la présidente. Mais ce n'est pas tout. Elle ajoute que le tribunal s'est prononcé afin de savoir s'il fallait laisser une dernière chance à Florimond. Et il a tranché. Ce sera oui.
Florimond va retourner ce soir en prison. Après quoi il sera présenté au JAP (juge de l'application des peines) en vue de l'aménagement de la peine qui vient de lui être appliquée.
Florimond le magnifique, enfant du Congo accueilli en France, s'en sort bien. Il ne devrait pas passer les prochaines semaines en taule. Il pourra peut-être retrouver son activité de livreur… Afin de régler ses dettes que le tribunal vient encore d'alourdir avec neuf mille euros à payer au Service des Douanes.
Neuf et cinq font quatorze mille euros. Cela va en faire des courses pour s'acquitter de tout cela. Et en plus, avec un bracelet électronique à la cheville.
Comme un quelconque Sarkozy. Ça gâche un peu…
(rires)
Post-scriptum: Ce compte-rendu fait de son mieux et ne reflète que la vérité apparue. Pour autant son rédacteur n'est pas certain que rien ne lui ait échappé durant cette audience. Mais, en plus d'une fin heureuse, c'était tellement bien interprété.