C'EST L'EFFET DE MASSE
Le Palais de Justice avait fait le plein de spectateurs pour l’audience de ce mercredi. Sur les bancs de presse les jeunes journalistes professionnels des canards locaux avaient remplacé les habituels correspondants chevronnés de ces mêmes journaux. Le spectacle pouvait commencer. Mais il n’y avait pas de spectacle sinon celui de l’absence de scrupules et de responsabilité. Ou de l'inconscience.
Ils sont trois, Kévin, Lorenzo et Damien, ils n’ont pas l’air bien méchant. Ils passaient peut-être inaperçus dans leur quartier du Chemin Vert. L’un gagnait bien sa vie, un autre avait monté son entreprise, un troisième élevait ses trois enfants. Trois hommes passe-partout, le jour, cambrioleurs totalement irresponsables, la nuit. Et pour être irresponsables, ça ils l’étaient.
Un exemple entre autres… Lors de leur arrestation, les policiers ont découvert qu’ils emportaient avec eux un bel outillage pour leurs virées nocturnes. Lors de l’audience il a beaucoup été question d’une masse en acier de cinq kilos. Du coup on repensait à ce vol avec effraction commis au préjudice d’une station service Total. Cette nuit-là, le trio n’y était pas allé de main morte. Ainsi, ils avaient fouillé sans ménagement l’intérieur des lieux au point de faire sauter le courant. Pour entrer dans les bureaux, ils avaient préalablement fracturé la porte. Et avant d’accéder aux locaux, ils s’étaient vus contraints d’abattre un mur de parpaings. C’est sans doute cela qu’on appelle « l’effet de masse ».
Selon Total qui s’est porté partie civile, le bilan de l’opération est lourd. Les dégâts et le préjudice ont été évalués à vingt mille euros. Au final ces présumés as de la cambriole étaient repartis avec une recette de… cent vingt euros! Et quelques centimes. On est loin d’Arsène Lupin, on serait plutôt chez les Pieds Nickelés.
Les Pieds Nickelés étaient trois, nos cambrioleurs aussi. C’est ce qui apparaît sur les différentes vidéos prises dans les lieux visités. Sauf que dans la nuit du 19 au 20 janvier les cambrioleurs étaient quatre, comme les trois mousquetaires. Sauf que le quatrième, lui, il avait réussi à échapper aux policiers.
De fait, chez les trois prévenus, il devenait facile de prétendre que celui qui s’était échappé, c’est celui que l’on apercevait sur les vidéos antérieures. Et que par conséquent, le larron qui se présentait devant le tribunal ce n’était pas celui de la vidéo. Et comme sur les images les trois apparaissent toujours masqués et coiffés d’un casque, la confusion était facile. Surtout que nos trois lascars avait également pris l’habitude d’échanger leurs vêtements. Bon courage aux magistrats pour tenter de démêler le vrai du faux au sujet de la participation de chacun à la dizaine de cambriolages nocturnes attribués au trio.
En vérité, l’intérêt de ce procès était ailleurs car on savait bien que les trois personnages allaient retourner en prison, ne serait-ce qu’au vu de casiers judiciaires déjà bien remplis.
La question c’était comment des gens, en principe insérés dans la vie sociale, voire bénéficiant de revenus décents, avaient bien pu sombrer dans cette voie délictueuse? En prenant tous ces risques idiots. En ne prenant pas en compte le tort qu’ils faisaient à des gens comme eux, des gens qui bossaient pour vivre. Oui, la question était comment peut-on en arriver là? Pas pour rembourser des dettes, version ridicule, mais par une sorte d’appât d’un gain incertain? Par jeu? Sachant qu’ils ont parfois détruit bien plus que ce qu’ils emportaient comme butin. Que pensaient leurs familles présentes dans la salle face à ce triste spectacle que les trois lascars offraient à leurs yeux? Avant de retourner, sous bonne garde, pénitentiaire, en cellule. En détention.
On n'en apprendrait pas davantage à cette audience. Sinon…
Gare à l’effet de masse
Leur première comparution avait déjà été traitée ici:
https://www.lejournalboulonnais.fr/article-175.html