POUR LE MARGAT, PRESSE QUI ROULE...

n'amasse pas foule!

Le Journaliste : Alors, mon cher Margat, quoi de neuf du côté de ton grand-père cette semaine, je sais que tu vas le consulter régulièrement comme d’autres consultent les Oracles.  

Le Margat :  Ej’connois pon ça qu’on z’appelez des zoraks mais c’que j’sais c’est qu'y faudroit miux parfois écouter les viux qui z’ont d’l’expérience plutôt qu’ed croire tout ça qu’on nous raconte. Incore equ’min grand père, il arconnoit qu’y s’est fait souvint avoir…  
L.J. : Je n’en doute pas. Et avec quoi, comme ça, au hasard..?

L.M. : Y m’disoit qu’in soixante neuf, il avoit dix-huit ans, il avoit arguetté à l’télé in noir et blanc les images du premier homme qui marchoit sur la lune. Y s'souvenoit qu’à l’époque y’en a qui disoient qu’on alloit bintôt installer eune colonie sur el sol lunaire.  
L.J. : Oui, et alors?

L.M. : Alors 56 ans pus tard on s’aperçoit qu’y a pus personne qui a mis l’pied là-bas malgré tous les progrès qu’y z’ont faits. Du coup min grand-père y croit que les images qu’on nous a montraïes in soixante neuf, c’étoit du cinéma. Et il est pon l’seul?
L.J. : Ce n’est pas cela qu’on appelle la théorie du complot?

L.M. : Si il n’y avoit que ça. Min Grand-Père y s’souvenoit aussi du jour d’où qu’il étoit resté figeaï d’vant s’télé in couleurs in train d’arguetter pour el’centième fois des avions qui rintroient dins des tours à Nouillorque.
L.J. : Oui, et alors?

L.M. : Alors vingt cinq ans pus tard y s’deminde toudis commint des gins qui z’avoient appris in deux jours à piloter un p’tit coucou y z’avoient été capabes avec un gros Boeing e’déjouer tous les systèmes ed’contrôle américains pour rintrer pile dans deux immeubes voisins qui z’alloient bintôt s’effondrer comme des catiaws ed’cartes?
L.J. : Et qu’en conclut grand-papa?

L.M. : Y conclut pon, y constate.Y constate qu’il y a exactemint six ans, el’ jeune présidint qu’on avoit cor --min Diu qu’il a mal vieilli-- il alloit au théâte avec une vielle dame el’samedi, et pis que l’diminche y disoit à tout l’monde d’aller voter pour les municipales. Et pis que l'mardi y disoit qu’y falloit s’infermer dans nos caillons parce qu’on étoit in guerre contre un virus…
L.J. : Je suppose que ce complotiste a dû te dire que tout cela c’était pour voir comment on allait être obéissants, comment on allait remplir nos attestations pour sortir une heure. Et comment des gens se sont fait injecter des produits non certifiés dont on avait pourtant la preuve qu’ils ne protégeaient de rien ni personne…

L.M. : N’rigolez pon, c’est bin comme ça qu’min grand-père y voit les choses. Y n’croit pus en rin. Y dit qu’les médias d’asteur c’est tout minteurs et companie. 
L.J. :  Mais comment faire pour s'informer. Il en dit quoi ton grand père?
L.M. : Il argrette l’bon temps d’où que l’diminche, quand il était cor chez ses parints, y trouvoit dans l’boite à lettes trois journaux papier ed’différintes couleurs politiques?

L.J. : Ici à Boulogne?  Là tu m’intéresses. Dis m’en davantage.

L.M.: Ui, Mossieur el journalisse qui sait tout. Dins ces années là à Boulonne on vindoit trois quotidiens, y’avoit el Voix du Nord, bin sûr, qu’alle étoit à droite à l’époque, y’avoit Nord-Matin, qu’il étoit socialisse, et pis y’avoit aussi Liberté, qu’alle étoit communisse. Asteur, y’a pus que de l'soupe tiède. 
L.J. : Je suppose que c'est encore une formule de ton grand-père?
L.M. : Nan, mi aussi j'aimois bin el'presse papier. Mais comme aujourd'hui  y’a pus d'fus à carbon, y’a pus besoin d’papier pour l’allumer. Et pis pour les toilettes, l’papier aujourd'hui ça s’vind surtout  in rouleaux…

L.J. : Sacré Margat, cet usage là des journaux papier, c'était vraiment une autre époque..!