HEUREUX COMME DIEU EN FRANCE
COMME UN COUP DE BLUES
J’ai grandi dans une France où je ne me posais pas de questions.
A l’école primaire, on trouvait encore des cartes illustrant en couleurs le rayonnement de mon pays à travers l’AOF ou l’AEF, l’Afrique de l’Ouest ou de l’Est.
Puis j’ai constaté que la France était aussi ce pays respecté du monde entier dont le président était reçu avec les mêmes égards à Washington qu’à Moscou, un président qui avait été l’un des premiers à reconnaître la Chine comme futur grand partenaire mondial. Un président qui avait encouragé une paix avec l’Allemagne sans pourtant lui céder quoi que ce fut, qui avait préparé une Europe de collaboration et pas d’intégration. Un président qui n’était pas un va-t-en-guerre mais qui avait quand même doté le pays d’une armée digne de ce nom et de l’arme atomique, tout en refusant de se laisser embringuer par une OTAN belliqueuse.
Dans ce pays de France, on avait construit le premier avion de ligne supersonique, Concorde, ou un super paquebot de croisière (Le France), ou le premier TGV au monde, ou encore des centrales hydrauliques et nucléaires qui nous assuraient une énergie inépuisable et bon marché.
Ce pays était aussi l’un des leaders mondiaux dans le domaine de la construction automobile, c’était le plus grand producteur agricole d’Europe. Il était mondialement réputé pour ses vins, ses fromages, ses articles de luxe. La littérature française traversait nos frontières, la haute couture aussi. Le français était la langue officielle de la diplomatie mondiale depuis le 18 ème siècle.
Quand j’ai commencé à voyager, à sortir de mon cocon, j’ai constaté qu’au-delà des Pyrénées notre qualité de vie était enviée, qu’au-delà des Alpes, tant au Sud qu’à l’Est, nombreux auraient aimé partager notre vie, qu’au Nord on admirait notre pays et qu’une fois la mer franchie les populations anglophones ne manquaient jamais de me citer en exemple The French Way of life, l’art de vivre à la française.
Boulogne-sur-mer était le premier port de pêche de France et le second port de voyageurs qui voyait se déverser sur notre sol des millions de touristes britanniques. On y produisait aussi localement de la fonte et de l’acier. Chacun y trouvait sa place et ses moyens d’existence.
Dans ma jeunesse, le président s’appelait Charles de Gaulle, son épouse ne se faisait pas photographier en maillot de bain moulant (on ne sait trop quoi) et payait ses factures de bouche et son coiffeur. Les premiers ministres s’appelaient Pompidou ou Debré, j’entendais parfois leurs noms quand je me mettais au lit avec mon poste à transistor à l'oreille.
Salut les Copains!
Aujourd’hui, quand je me réveille, depuis mon lecteur audio j’entends prononcer les noms de macron, Lecornu ou Mélanchon. La décadence.
Et, dans la langue yiddish, plus personne ne se dit heureux comme dieu en France.
Mais qu’avons nous fait pour en arriver là?
Pour le Margat Boulonnais, J.G.
(À mes petits-enfants suisses)