ON N'ÉCHANGE PAS LES MAILLOTS
On est en 2023, Bertrand a une idée pour faire plaisir autour de lui et améliorer un peu l'ordinaire. A savoir revendre des maillots de football. Pas n'importe lesquels! Pas ceux de l'USBCO. Des maillots de ces grandes équipes de renommée internationale, comme le PSG par exemple. Des maillots que des amateurs, pas toujours très fortunés, sont prêts à payer cent ou deux cents euros l'unité.
Pour offrir ces maillots à un plus bas prix, Bertrand* a trouvé une filière clandestine qui vend des maillots de contrefaçon. En fait, ces maillots sont peut-être les mêmes que les maillots officiels, peut-être sont-ils d'ailleurs fabriqués dans les mêmes usines chinoises. Mais ils sont revendus par celles-ci sous le manteau. Et cela échappe aux circuits commerciaux (et fiscaux) ordinaires.
Au début Bertrand en fait surtout profiter son entourage. Puis, ce qui n'était au début qu'une petite magouille sans importance va devenir une véritable entreprise de vente sur internet. Ceci avec un coup de main du PSG qui, en mai 2025, décroche la Coupe de la Ligue. D'où un regain de demandes de la part d'amateurs de maillots qataris.
L'affaire de revente de maillots prend de l'ampleur. Bertrand reconnaîtra même avoir pu réaliser jusqu'à mille euros de bénéfice par semaine au meilleur de cette période. Si, jusque là, la petite entreprise ne connaissait pas la crise, le vent allait tourner. Même les plus belles histoires ont une fin. En d'autres termes, Qatari vendredi, dimanche pleurera.
Le vendredi cinq septembre 2025, à sept heures du matin, des inspecteurs du Service des Douanes, investissent le logement que Bertrand partage avec son épouse et leur fils. Y avait-il eu une dénonciation? Toujours est-il que les douaniers savaient quoi et où chercher. Ils savaient même que Bertrand remisait ses recettes en espèces dans un coffre que détenait Adrien*, son père, en un autre lieu lui aussi perquisitionné.
Ce fut le choc de leur vie, ainsi qu'ils l'exprimèrent ce mardi matin devant le tribunal de Boulogne.
A la barre, devant les magistrats, le père et le fils ne font pas les fiers. Bertrand reconnaît tout ce qui lui est reproché, Adrien reconnait le “recel” de l'argent tout en précisant qu'il avait conseillé à plusieurs reprises à son fils de cesser cette activité. Pour sa défense, le fils n'a que peu d'arguments, sinon un besoin d'argent au départ et puis…"J'ai été dépassé par les évènements". Comme avec la victoire du PSG sans doute.
La représentante des Douanes n'a que faire des explications. Ce qui compte c'est les chiffres. Des milliers de maillots contrefaits vendus clandestinement, c'est des petits commerces qui ferment. Et puis c'est de l'argent qui ne rentre pas dans les caisses de l'État. Après un véritable réquisitoire, le montant des amendes et autres pénalités qu'elle réclame, dépasse les cent mille euros. Sans oublier la confirmation de tout ce qui a été saisi par l'administration des douanes, y compris les comptes bancaires de Bertrand.
Le tribunal, après délibéré, va condamner Bertrand à douze mois de prison avec sursis, à 15.000 euros d'amende, et à la confiscation des marchandises saisies. Le père s'en sortira bien. Pour le fils, le tribunal a également confirmé la saisie des montants des comptes bancaires pour environ 30.000 euros. C'est sans doute là le coup le plus dur pour le revendeur de maillots: une bonne partie de cette somme venait du versement d'un héritage familial très proche qu'il avait prévu de thésauriser pour d'autres usages. Dur! Très dur…!
Ce mardi de mars, les services des Douanes ont gagné le match que Bertrand avait engagé contre eux. Au coup de sifflet final, il n'y a pas eu d'échange de maillots.
(à suivre: Vu des Douanes: https://www.lejournalboulonnais.fr/article-220.html)
N.B. Les prénoms ont été changés. Les deux hommes ont une vie sociale et professionnelle. Pas la peine d'en rajouter à leurs peines.