VU DES DOUANES

Sans maillot et dépôt de bilan (suite)

Dès qu'il y a une affaire de trafic de marchandises “importées” portant sur de grandes quantités, on voit arriver au Tribunal une représentante des Services des Douanes de Dunkerque. On dit une parce que elles sont cinq femmes et pas un seul homme dans le Nord à occuper cette fonction devant le tribunal. Et apparemment sans raison. On veut parler de la coïncidence, bien sûr.

Ce jour-là c'était encore le cas; une représentante des Douanes s'apprêtait à “réclamer". Pourtant les prévenus du jour n'avaient pas franchi de frontière avec leurs marchandises. Celles-ci avaient été importées, sinon légalement, du moins par des cheminements très professionnels.
Dans le cas d'espèce, il était évident que Bertrand n'avait pas transporté ses maillots de foot dissimulés dans le coffre de sa camionnette. Les textiles qu'il a revendus font partie de ces millions d'objets divers qui sont proposés sur internet ou en mille lieux en France, à bas coût, ou qu'on retrouve dans des solderies sous l'apparence “d'invendus”.

Vu comme cela, le petit trafic de Bertrand, tout comme Bertrand lui-même et son père, attiraient plutôt la sympathie des témoins. Rien à voir avec les casses, les vols avec violences, les cars ou les home-jacking comme on dit aujourd'hui. Non, la revente de maillots c'était un petit boulot peinard susceptible même d'apporter du plaisir ou de la joie à certains et sans faire courir le moindre risque aux clients.

Mais quand on écoutait la représentante des Douanes, c'était un autre refrain qui parlait de menaces sur les consommateurs ou d'impact sur l'emploi. C'est qu'elle en avait de la conviction la douanière du jour! Elle aurait pu prendre la place du procureur. Son objectif, c'était de ne quitter le tribunal qu'après avoir obtenu des sanctions financières assez lourdes pour empêcher toute récidive ou de dissuader d'autres initiatives de ce genre. Ce mardi-là, elle a obtenu satisfaction. Outre les douze mois de prison avec sursis, le gérant de la petite entreprise unipersonnelle va en être de 60.000 euros de sa poche. Un vrai dépôt de bilan.

La jeune dame du jour, venue de Toulouse pour faire régner l'ordre fiscal dans le Nord, avait bien rempli sa mission. Elle nous avait déclaré qu'elle était entrée dans ce métier par conviction. Pour la taquiner, on lui a fait la plaisanterie récurrente, genre: quel allait être son pourcentage sur les sommes récupérées? Ça ne l'a pas trop fait rire. Il n'y a que les agents de constatation qui peuvent toucher des primes en cas de saisies importantes ou exceptionnelles.

Trafic de maillots de foot! La France était-elle en danger?
On en reparlera le jour où l'on verra arriver devant le tribunal de Boulogne les gros narco-trafiquants qui s'enrichissent en ruinant, y compris physiquement, une partie de notre jeunesse.

Voir aussi: https://www.lejournalboulonnais.fr/article-219.html