Vérité et alcool ne font pas bon ménage

TOUT CELA POUR ÇA

Alors qu'il ne leur avait rien fait, ils s'y sont pris à trois ou quatre pour l'immobiliser au sol. Puis ils lui ont attaché les mains dans le dos. Ensuite ils l'ont traîné sur le ventre.  Il en a perdu son short dans lequel il y avait ses clés et son téléphone. Il a également été blessé à la bouche. Enfin ils l'ont emmené en voiture, sans lui attacher sa ceinture de sécurité. C'était avant de lui poser des questions alors qu'il se retrouvait devant eux en caleçon et qu'il crachait le sang. 
Ajoutons enfin que le gaillard qui a subi ces malheurs doit peser, à jeun, quelque cent dix kilos… Alors combien pesait-il ce soir-là avec 1 gramme d'alcool par litre de sang? On n'a pas eu la précision.
Bon, autant prendre cette affaire croquignolesque à la dérision. Méritait-elle mieux?

Tout ce qui précède sur la façon dont Jonathan a été interpellé dans la nuit du 3 au 4 avril dernier par des policiers boulonnais a vraiment été prononcé, à la fois par l'avocate et par son client, récemment au tribunal. Cet après-midi là, on entrait un peu dans un autre monde. Celui de ces affaires typiquement boulonno-boulonnaises où l'alcool et la bêtise tiennent lieu de prétextes ou d'explications. 

En vérité, Jonathan n'arrivait pas devant le tribunal en tant que victime mais en tant que prévenu. Il lui était reproché d'avoir commis des violences sur des fonctionnaires de police. Ce qu'il réfutait, bien entendu.
Allaient s'ensuivre des questions sans réponse, des affirmations sans preuve, des propos décousus.
Qu'y avait-il d'avéré dans cette histoire? Que des policiers avaient bien été appelés dans un quartier boulonnais pour un trouble à l'ordre public commis par au moins trois hommes? Oui! Que deux de ces hommes étaient absents de la procédure? Oui aussi! Que seul Jonathan était poursuivi! Oui encore! Et c'était tout? Quasiment.

Mais que, selon le prévenu, celui-ci ne fréquentait pas les deux autres et qu'il venait juste d'arriver sur les lieux? Là, il n'y a rien de prouvé. Et que s'il sortait ce soir-là après avoir un peu bu, c'était parce qu'il fêtait l'enlèvement de ses plâtres qui l'avaient handicapé pendant six mois suite à un accident? C'était possible mais cela ne changeait rien. Alors on ne voyait pas quelle vérité allait sortir de cette histoire.

Il est vrai que la présidente avait à peine commencé à rappeler au prévenu les faits présumés qu'elle avait été interrompue par l'avocate. Celle qui avait la vérité. “Relisez bien les procès verbaux, Madame la Présidente, ils sont pleins de contradictions” s'exclamait-elle. Et puis, c'était évident que Jonathan n'avait rien fait. La preuve: les policiers avaient refusé par deux fois une confrontation, dirait encore l'avocate. Et peut-être, finalement, avait-elle raison en soutenant la défense de son client…
Mais que valait la parole d'un homme qui avait bu contre celles de quatre policiers en service? Rien. Ou pas grand chose en l'absence de témoignage probant. 

La défense avait demandé la relaxe. Le tribunal a condamné Jonathan à six mois de prison avec sursis. Autant dire à rien! 
Ah, si, Jonathan a également écopé d'une peine d'inéligibilité. Il ne pourra donc pas se présenter à une élection avant deux ans. La démocratie s'en remettra-t-elle?.
Le plus sage n'aurait-il pas été que cette affaire ne vint jamais devant un tribunal de cet ordre? 
Querelle d'ivrogne, j'arrête de boire.