ALLÔ MAMAN, BOBO !

La Lettre à Elise ou mords moi si tu m'aimes

Elle a vingt trois ans, elle est la mère d'une fillette de vingt et un mois. Elle arrive, dans son long manteau noir, à la barre du tribunal. Elle est poursuivie pour violences aggravées sur sa mère. Les faits ont été commis le 1er novembre dernier, à Boulogne-sur-Mer.

L'évocation et le détail des violences que cette jeune femme a fait subir à sa mère nous font d'abord basculer dans un autre monde. C'est tellement impensable.  N'en retenons que les plus surprenantes: les morsures. Celles qui laissent des traces profondes dans la chair et dans l'esprit. Dans le coeur aussi.

Élise vit toujours, disons plutôt vit encore, chez Cathy, sa maman, avec son enfant. Les rapports entre elles-deux sont aussi tendus que leurs liens se sont distendus. Ce samedi là, sur les coups de six heures du matin, la jeune fille rentre au domicile maternel après une nuit passée à faire la fête. Et à boire. En bon français, elle est bourrée. Sa mère Cathy l'attend derrière la porte, avec l'enfant dans les bras. Les reproches tombent. Élise ne les supporte pas. La violence va commencer.

Devant le tribunal la jeune femme ne conteste rien, d'autant moins que les faits ont été corroborés par un témoin, une personne en qui Élise a confiance et qui ne lui veut pas de tort. On sent la jeune femme, la jeune fille, la gamine, complètement anéantie. Elle reconnait ses fautes mais elle ne les revendique pas. Sur l'insistance de la présidente, qui a été destinataire d'un courrier, Élise avance une explication à son comportement. Pendant un temps de sa jeunesse elle a été, contre son gré, séparée de sa mère. Elle lui en a beaucoup voulu. De là viendraient son attitude et sa violence. Heureusement, à l'en croire, elle est en train de refaire son chemin. A ce stade la présidente va lui lire ce courrier qui a ouvert une voie dans cette histoire ô combien mal engagée. Comme dans une séance de psychothérapie.

Car l'esprit de  Ludwig Van Beethoven est passé par Boulogne/mer. Maman Cathy s'en est inspirée et a composé à son tour sa propre Lettre à Élise. Pas avec des notes. Avec des mots. Des mots qui touchent et qui font mouche. Le seul désir de maman Cathy c'est qu'entre elle et sa fille une autre histoire commence. Elle ne se porte pas partie civile, elle ne veut rien. Juste qu'Élise comprenne.

A ce stade de la lecture la jeune fille laisse échapper un mot, une mini phrase, à peine susurrée. Je l'aime. Elle confirme. Cela s'adresse à sa mère. Elle a fait son chemin de Damas, même si elle n'en pratique pas l'expression. Pour sa prévenante avocate, la voie est aussi toute tracée.

Qu'importe alors la décision que les juges vont devoir prendre.
On vient seulement d'assister à une de ces histoires touchantes comme les audiences du tribunal peuvent parfois en révéler.