8OO.OOO €, UN VRAI COÛT DE TABAC

Dans une salle d'audience quasiment vide de public, ce Boulonnais est arrivé, décontracté, en survêtement, devant le tribunal correctionnel de Boulogne. Il avait déjà conscience que les évènements ne tourneraient pas en sa faveur. Poursuivi pour détention et revente de tabacs, il s'est présenté sans filtre. Il avait sûrement déjà brûlé ses dernières cartouches. Mais il ne s'attendait sans doute pas à un tel coup de tabac.

Il est vrai qu'à la lecture du dossier, Frédéric apparaît comme un pro du trafic de tabac. Une précédente sanction en ce domaine est là pour en attester. Il agissait en bonne compagnie même si la notion de “bande organisée” va être abandonnée par le tribunal. Il est quand même question de plusieurs véhicules de transport, y compris avec des voitures ouvreuses. Comme chez les gros narcotrafiquants. Mais là, c'est juste du tabac, ou plus exactement des cigarettes.

Selon les différents constats réalisés par les Douanes, il lui en serait attribué quelques centaines de cartouches. A vingt paquets par cartouche, cela commence à compter. Ses présumés complices ayant déjà été entendus dans une affaire connexe, Frédéric ne tente même pas de négocier. Ce n'est pas le genre à mégoter.
Curieusement, les échanges avec les magistrats se déroulent dans une apparente décontraction, voire même avec des sourires de part et d'autres. Tranquille comme Baptiste, le prévenu va même jusqu'à rire ouvertement à une boutade de la procureure. La bonne humeur va régner jusqu'au bout, malgré les enjeux.
Pour les délits de détention et vente de tabac, le parquet va réclamer une peine de quatre mois de prison avec sursis. Frédéric ne pouvait pas s'attendre à mieux. Mais la procureure demande aussi à ce qu'il soit fait droit aux demandes des Douanes, partie civile non représentée à l'audience.

Après vingt minutes de délibéré le tribunal revient avec ses décisions. Pour la peine de prison ce sera six mois. Avec sursis. Sans confusion avec une autre peine antérieure. Jusqu'ici tout va bien. Puis la présidente donne lecture des amendes que Frédéric va être condamné à verser aux Douanes.  En gros, 460.00 euros d'un côté, plus 340.000 de l'autre. Le prévenu qui n'est pas fâché avec les chiffres a très vite fait le calcul “ Vous me demandez de payer huit cent mille euros?” s'étonne-t-il. 
Mais, oui, c'est la loi, lui explique la présidente.
Étonnamment, le prévenu rigole. Il n'a même pas besoin d'ajouter qu'il ne pourra jamais s'acquitter de cette somme. “Vous vous arrangerez avec les Douanes” lui répond la juge, fataliste.

Frédéric quitte la salle. Il plaisante. Il garde le sourire même s'il ne s'attendait pas à un tel montant. Ou peut-être justement “grâce” à ce montant. Car personne, surtout pas les juges, ne pouvait imaginer que cet homme, sans revenus fixes et sans patrimoine conséquent, pourrait un jour s'acquitter de cette dette.
Ah, un dernier détail, la magistrate avait oublié de préciser au condamné qu'il allait également devoir régler les frais de la procédure judiciaire. Soit 240 euros avec 20% de remise s'il paie dans le mois qui suit. Elle a apporté cette précision juste avant que Frédéric ne quitte la barre.
S'il y avait eu un nombreux public, voilà un genre d'humour qui aurait pu faire un tabac!