Le Margat, les meubles et les murs

ET ÇA DÉMÉNAGE !

Le Journaliste : Alors, mon cher Margat, avant d’aller voter demain je suppose que tu as bien étudié les propositions des candidats.

Le Margat: Ui, bin sûr, mais comme disoit min grand-père, qui le tenoit ed s’in père: el papier y n’arfuse pon l’encre! Alors y peuvent bin promette tout ça qu’ils veulent, les gins y z’auront vite oublié.  
L.J. : Ceci d’autant plus qu’aujourd’hui les candidats utilisent beaucoup les réseaux internet, ce que ton arrière-grand-père ne pouvait pas prendre pas en compte à son époque.  
L.M. : C’est vraïe mais mi ‘jveux bin croire qu’les candidats y sont tous sincères. Seulemint, eune fois qu’y sont élus y doive’tent faire avec les circonstinces et les bâtons dins les roues? Sins oublier l’administration qu’alle in fait parfois qu’à s’tête. 
L.J. : J’ai l’impression que tu as des exemples à me donner.  
L.M. :  Figurez vous qu’y a quèques z’années, un d’mes tontons par alliance, après s’n’artraite ed fonctionnaire, comme il étoit pon fatiguaïe, il a voulu ête el’maire de l’tite ville d’où qu’il habitoit.  
L.J. :
 Et il a été élu..?  
L.M. : Eh ui ! Et y falloit l’voir quand il est arpassé à l’maison ed mes parints peu ed’ timps après qu’il avoit été élu… Vingt dieux, ses pieds y n’touchoient pus l’sol. D'après li, il alloit in faire des trucs et des machins. Nous on l’écoutoit avec plaisir, même qu’il avoit pris l’accint du sud, Ô peuchère mes pitchounes, ça commenceu déjà à changer…
L.J. : Dis donc, tu sais bien prendre l’accent du midi toi !
L.M. :  Mais mi j’in rajoute pon comme certains que j’connois qui ont vu l’jour tout près d’el Colonne à Napoléon et qui font croire qui seroient nés avec une paire ed skis aux pieds. J’vise personne mais suivez min r’regard…  
L.J. : Je ne vois pas à qui ou à quoi tu fais allusion. Et avec ton oncle, comment cela s’est-il passé?  
L.M. :  Bin, il étoit sûr ed lui. Comme il avoit été percepteur et qu’il avoit gagné s’vie in piquant les sous des autes, y s'disoit qu’il alloit bin maîtriser les finances ed la ville.

L.J. : C’est sûr, avec une expérience de l’argent public, cela a dû l’aider…  
L.M. : Finalemint, pon vraimint.  Quand on l’a arvu trois ans après, c’étoit pus l’même homme. Y’a rin qu’y s’étoit passé comme il l’avoit voulu. Y parait qu’les fonctionnaires y n’in faisoient qu’à lu tête.  
L.J. : Pourtant le maire est bien le chef du personnel, que lui est-il arrivé..?  
L.M. : D’après min tonton, un jour il a convoquaïe tous les cades d’el’ mairie dins sin bureau pour faire el'point. Déjà,  y’a l’moitié d'intre euw qu’elle est pon v’nue…  
L.J. : Je suppose que ton oncle a alors pris des mesures?  
L.M. : Ça pour mesurer il a surtout mesuré el vrai pouvoir qui étoit l’sien quand eune secrétaire alle y a dit, avé l’assent bien sûr: Môssieur, ici à la mairie, les élus ce sont les meubles, et les meubles ça bouge! Nous, le personnel, on est les murs, et les murs, ça reste.
 
L.J. : Ahahah, l'image était bien trouvée. Et je crains qu'il n'y ait un peu de vrai là-dedans… Mais ce n'est plus le jour d'en débattre. Alors, à la semaine prochaine.