ET SI ON AVAIT LA VICTOIRE MODESTE ?
J'ai fait un rêve. Au lendemain d'une reconduction chèrement acquise, Frédéric Cuvillier proposait, selon leurs compétences, un poste d'adjoint à un membre de la liste d'Antoine Golliot et un autre poste à un membre de la liste de Baptiste Legrand.
Voici comment je concluais l'édito mis en ligne vendredi 13 mars, à quarante huit heures du résultat du scrutin de dimanche. (https://www.lejournalboulonnais.fr/article-228.html)
Autant dire que je n'avais pas de doute quant à l'issue de ce scrutin même si, pendant les semaines qui avaient précédé, Ce Journal Boulonnais avait fait preuve de la plus totale neutralité vis à vis des trois listes en présence.
Cela ne faisait pas de doute parce que les autres concurrents, sans vouloir être désobligeant envers quiconque, ne faisaient pas le poids (si je puis dire) face au maire sortant. J'étais bien placé pour le savoir… Je m'étais un jour trouvé à leur place…
En 1989, avec Jean Muselet, nous n'avions pas vraiment de programme, sinon celui de gérer autrement une ville qui était sous l'emprise du même parti depuis des décennies. Et nous avons gagné. Pourquoi? Essentiellement parce que la tête de liste (que j'étais allé chercher) avait une forte personnalité et un passé de réussite professionnelle (pdg d'une chaine de supermarchés) qui plaidait en faveur de son savoir faire.
La campagne proprement dite, à l'exception des affiches publicitaires (4 mètres sur 3) encore autorisées à l'époque, c'était moi qui l'avait préparée, de longue date, et mise en forme avec l'aide de quelques amis. Mais cette campagne n'a eu qu'un effet très secondaire. Les électeurs ont voté d'abord pour le changement ensuite pour la personnalité qui revendiquait leurs suffrages. Sans la présence de Muselet et de l'image positive qu'il véhiculait encore, notre liste n'aurait fait que de la figuration.
Les lendemains me furent amers. J'ai eu la confirmation, pendant six ans, que diriger Boulogne nécessitait d'avoir accès à tous les réseaux financiers et politiques et économiques du département, de la Région et de l'Etat. Et d'être soutenu par l'administration locale. Ce que nous n'avions pas. Ce que n'avaient pas non plus MM. Golliot ou Legrand. J'ai compris aussi qu'on ne dirigeait pas une ville comme on dirige une entreprise.
C'est la raison pour laquelle, ainsi que j'ai eu l'occasion de lui dire et même de lui écrire, j'ai toujours pensé que F. Cuvillier était, en l'état, le meilleur candidat pour succéder à lui-même. Ce que j'ai regretté, pendant la campagne électorale, c'est le peu de respect que les concurrents d'un jour avaient pour leurs adversaires. Je voulais croire que dans les trois camps, il y avait des gens bien intentionnés, avec, pour certains, de bonnes idées, et, pour tous, un véritable attachement à leur ville malgré (en dépit de?) leur attachement politique.
Voilà pourquoi, après avoir connu la répétition de six années d'affrontements stériles au sein d'un conseil municipal, je m'étais permis de former le voeux que le vainqueur d'un jour considère qu'il n'avait pas que des ennemis irréductibles au fond de son assemblée mais des gens qui pourraient être aussi porteurs de bonnes idées.
J'en suis d'autant plus convaincu aujourd'hui en constatant qu'un peu moins de cinquante pour cent des électeurs boulonnais ont manifesté un choix entre les trois listes en allant voter. Et que le vainqueur n'a décroché que 27% des voix de l'ensemble des électeurs boulonnais. A peine plus d'un sur quatre.
Il serait intéressant de savoir ce que pensent les trois autres.
Puisqu'il paraît que nous sommes (encore) en démocratie.
Après ce triomphe modeste, le combat politicien est derrière nous et pour six années nouvelles. La rivalité politique, ce n'est pas la guerre!
Alors, si on ne pensait plus désormais, tous ensemble, qu'à l'avenir du Boulonnais..?
Jacques Girard
(Ex-premier adjoint sous Jean Muselet)