Sa vie, comme dans un roman de Zola...
Quand on retrace la vie de Laurent* et la raison pour laquelle il se retrouve devant le tribunal en ce mois de mars 2026, on pourrait se croire au 19ème siècle dans un roman de Zola, dans un vingt et unième épisode inédit des Rougon-Macquart.
Avant son entrée en scène, on sait juste que Laurent est poursuivi pour agression sexuelle sur un dénommé Théo*. Compte tenu des prénoms, on est tenté d'imaginer que Laurent serait un homme de 50 ou 60 ans et Théo un ado tout juste majeur. Et puis on voit entrer dans la salle d'audience, entouré de trois gardes pénitentiaires, une sorte de grand gamin. Et on apprend que Laurent avait 23 ans au moment des faits, et sa victime à peu près le même âge. Et voici la version judiciaire, un peu revue mais pas corrigée…
Ce 7 septembre là, à Boulogne sur Mer, Laurent et Théo connaissent, de concert, une soirée copieusement arrosée à l'alcool. Laurent à une préférence pour la Vodka ou le Whisky. Il confiera en avoir consommé régulièrement une demi-bouteille par soirée. Cette nuit là ils sont bourrés tous les deux quand Théo propose à Laurent de venir passer la nuit chez lui. Et l'autre accepte. En guise de bienvenue, Théo va même jusqu'à offrir une petite gâterie à son compagnon d'un soir. Bien que se revendiquant hétéro sexuel, Laurent accepte. Et il est même prêt à rendre la pareille, comme si la Fée Lation s'était soudain penchée sur ces deux êtres perdus. Après tout ils sont adultes, n'est-il pas. Donc, jusqu'ici, l'un dans l'autre, si l'on peut dire, tout va bien! Sauf que Laurent, après cette petite mise en bouche, a envie de passer à quelque chose de plus consistant. Et le voilà qui confond ce quartier de Boulogne avec la banlieue de Sodome. Seulement cette fois, Théo tient à ménager ses arrières et il refuse de laisser son compagnon entrer dans ce jeu. Et c'est là que ça se gâte. Il est alors question de brutalité. Malgré ce qui est indiscutablement de la violence, Laurent ne parviendra pas à ses fins. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'au lendemain de cette aventure d'une nuit, Théo s'en ira porter plainte au commissariat.
Les policiers prendront cette affaire très au sérieux. Laurent sera convoqué. Il ne répondra pas. Re-convoqué. Interrogé. Présenté à un juge d'instruction. Mis en examen. Il ne respectera pas ses obligations. Et sera emprisonné à Longuenesse. Voilà ce que la présidente du tribunal a pris le soin de rappeler, certes en d'autres termes, mais tout aussi évocateurs.
Laurent ne nie rien. Il reconnaît tout, avec un sentiment de culpabilité exacerbé. Il parle, il parle. il s'excuse, il regrette que Théo ne soit pas venu au tribunal. Ah, comme il aurait aimé lui dire combien il regrettait de s'être mal comporté avec lui. Il parle, il parle. Il va même jusqu'à reconnaître que son séjour en prison lui fait du bien. Que c'est ce qui lui a permis de prendre conscience du mal qu'il avait fait. Et de s'amender. De repartir sur d'autres bases. On ne l'arrête plus.
Au passage on apprend qu'il souhaite à l'avenir se comporter en bon père. Eh, oui, car il a été papa à 17 ans. Il a quitté sa compagne et a eu deux autres enfants avec une autre mère. On apprend que son propre père l'a abandonné, avec ses cinq frères et soeurs, quand il était jeune. Qu'il a été placé dans différents foyers. Que son père aussi est un adepte de la dive bouteille.
Zola? revient!
Curieusement l'avocat de Laurent, qui semble découvrir le dossier juste à l'audience, va faire le minimum syndical. Pas grave. Laurent reprend la parole. Il parle. Il parle.
Le tribunal se retire pour délibérer. C'est assez rapide et la décision est exactement en harmonie avec le réquisitoire de la procureure. Laurent est condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis et retour en détention. Il va passer les prochains mois à la maison d'arrêt de Longuenesse où il espère se préparer à une autre vie. En l'absence de l'avocat, la présidente lui explique, avec beaucoup d'humanité, ce qu'il va advenir de lui. Pour un peu Laurent la remercierait. Il a l'air d'un gentil.
La salle est totalement déserte.
Pas un ami, pas une relation, pas un membre de sa famille n'est venu le soutenir dans cette épreuve. Depuis un moment, il me regarde, tente un sourire que je lui rends. Au moment de partir, les menottes aux poignets, il me jette un dernier regard. avec un sourire. Et un léger clin d'oeil. Comme un remerciement. Misère que ce garçon est seul.
Zola aurait fait le 21ème roman des Rougon-Macquart avec la jeune vie de ce Laurent.
Perso, je n'ai pas écrit mon dernier mot.
J.G.
**Laurent, Théo, les prénoms ont été changés