L'Édito du lundi: que de sujets de réflexion ratés!

Presse qui roule n'amasse pas mousse

ET SI LES ÉLECTEURS ÉTAIENT BIEN PLUS INTELLIGENTS QUE CE QUE LA PRESSE LEUR RACONTE…
En ce dimanche 22 mars, il ne faisait aucun doute qu'après avoir obtenu 54% des suffrages exprimés le dimanche précédent, Frédéric Cuvillier allait être reconduit, triomphalement (sic) dans ses fonctions de maire de Boulogne-sur-Mer pour la quatrième fois consécutive par le suffrage universel. Absolument aucun doute.

De même qu'il ne faisait déjà aucun doute le dimanche précédent que les votants le choisirait comme étant le plus apte à remplir cette fonction parmi ceux qui revendiquaient le poste. 
Cela allait de soi, du moins si l'on s'en référait à l'intelligence sublimée du corps électoral dans son ensemble. 

Donc, dimanche 22, il était acquis que F. Cuvillier allait être reconduit dans ses fonctions par les trente trois élus qui l'avaient accompagné dans cette aventure. Alors, très logiquement, dans une presse qui respecte ceux qui la suivent, l'information aurait pu, aurait dû, être ailleurs.
Eh bien non! La presse dite écrite boulonnaise non seulement ne s'est livrée à aucune réflexion, non seulement a passé sous silence certains épisodes marquants de la première réunion de conseil de la session, mais elle s'est contentée de diffuser des vidéos sur les réseaux qu'on dit sociaux. Il y avait pourtant tant à dire.

Ainsi, après avoir été réélu maire par l'ensemble de son groupe, Frédéric Cuvillier a déclaré que, bien qu'élu par 54% des suffrages, il serait le maire de tous les Boulonnais. C'était bien une vérité mais pas totale. Certes le candidat a bien recueilli 54 % des voix mais… 
Mais compte tenu de l'abstention massive, cela ne représentait que 27% des électeurs inscrits. Ce qui, à contrario, laissait complètement de côté 73% de la population boulonnaise en âge de voter. Presque trois sur quatre. De quoi réfléchir, non? Ne serait-ce que pour considérer que ces trois boulonnais-là avaient fait une confiance absolue, à la fois dans le choix de leurs semblables comme dans celui du maire sortant. Pourquoi pas? 
Mais, non, pas de réflexion dans la presse classique, juste des vidéos.

La presse aurait pu aussi s'attarder sur la position d'Antoine Golliot, l'opposant au maire réélu. Le candidat RN, battu avec 34% des suffrages exprimés, avait trois opportunités. La première aurait consisté à reconnaître la vérité du suffrage universel, à savoir le choix des électeurs en faveur de F. Cuvilier.
À partir de là, s'abstenir de présenter sa candidature au fauteuil de maire. Plus audacieux encore, il aurait pu annoncer que lui-même et ses colistiers allaient, dans un esprit purement démocratique, associer leurs voix à celles des élus majoritaires. On imagine l'effet déstabilisateur que cela aurait pu avoir sur ses détracteurs dans la salle! 
Au lieu de cela A. Golliot a voulu prononcer une déclaration justifiant sa candidature. Sans ménagement aucun, le président de la séance lui a coupé la parole. Mais vraiment sans ménagement, avec même une certaine arrogance. Genre vae victis, malheur aux vaincus. 
A. Golliot avait alors une possibilité: quitter l'assemblée, en se drapant dans sa dignité, suivi par ses colistiers. Au lieu de cela il s'est rassis (!) sous les ricanements ironiques de la majorité. Et il a présenté sa candidature avec ses sept voix potentielles.

On n'a pas parlé non plus du cafouillage de l'unique représentante présente de la liste Elan Citoyen. Laquelle a présenté elle-aussi sa candidature au poste de maire pour n'obtenir qu'une voix, la sienne, en s'étant même plantée avec la procuration que lui avait donnée sa tête de liste, B. Legrand.
Manifestement ces gens-là n'étaient pas en situation de pouvoir gérer une ville de 43.000 habitants et l'on comprend pourquoi la population, y compris en s'abstenant, a fait confiance au seul candidat qui présentait ces aptitudes 

Il y a eu aussi une intervention qui est quasiment passée sous silence. C'est celle de Guy Lengagne. L'ancien député-maire et mentor de son successeur, s'est exprimé ex-cathedra, non seulement pour féliciter le maire réélu mais surtout pour attirer l'attention sur la situation mondiale qui, selon lui, allait mettre en péril les activités économiques de la ville et compromettre son avenir. C'était pourtant la seule note d'originalité dans une réunion totalement convenue.
On aurait pu aussi s'étonner en constatant que l'élu du Rassemblement national n'avait pas exploité cette prise de parole. En effet, quelques minutes plus tôt on lui avait interdit de prononcer quelques mots au motif que le règlement (lequel?) interdisait toute prise de parole lors de cette réunion d'élections. Et pourtant, les mêmes qui lui avaient interdit de parler, avaient encouragé et écouté avec attention G. Lengagne dont rien, légalement, ne justifiait la présence et les propos à la tribune officielle.

La presse d'opinion (contraire à la doxa!) a vécu. Les opposants politiques sont trop tièdes ou timorés. Dans ce climat on aurait eu envie de dire à F. Cuvillier qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Ce qui ne serait pas totalement faux quand on doit reconnaître que le maire sortant est apparu comme le seul en capacité à succéder à lui-même

Oui, tout cela confirmait qu'en cette année 2026, les choses avaient bien changé à Boulogne. Guy Lengagne se souvenait sans doute de la fin des années quatre vingts où l'opposition politique et une certaine presse écrite lui avaient causé quelques difficultés. Il s'en souvenait sûrement quand, ce dimanche matin, il est venu saluer “l'ancien jeune homme” (lui-même dixit) qui lui avait mené la vie dure en ce temps là. 
Cette histoire fait désormais partie des mémoires. 
Mais pas encore des Mémoires d'Outre-Tombe, n'est pas Chateaubriand qui veut.
Tiens, il serait bien qu'un jour, lui et moi, nous puissions, en toute sérénité, évoquer cette période. Le temps efface  bien des querelles.
Personnellement, je suis partant.

Jacques Girard