Justice: ce n'était pas la semaine de la Voix du Nord au tribunal...
Une fois n'est pas coutume, imitons la bonne presse locale en accordant la priorité à l'écume des jours plutôt qu'au fond de l'histoire.
A la veille de ce qui allait devenir le fiasco de l'affaire des cartes grises, la Voix du Nord avait annoncé le procès d'une vaste fraude qui aurait coûté 15 millions d'euros à l'État. Mais dès le lendemain, à l'ouverture du procès, l'État et un autre service public annonçaient ne pas se porter partie civile. Adieu la vaste fraude, et les 15 millions d'euros… envolés!
Ce jeudi, c'est une autre affaire présumée spectaculaire qui était censée faire la Une de notre presse locale ou régionale.
Ce supposé scandale autour d'un organisme de logement social calaisien, Terre d'Opale Habitation (TOH), avait alimenté la chronique journalistique locale et régionale ainsi que quelques médias en ligne plutôt à gauche, pendant quelques semaines. A travers le président de ce TOH, par ailleurs conseiller régional et premier adjoint de la mairie de Calais, ce pouvait être la très médiatique Natacha Bouchart qui pouvait être visée dans ces quelques séries d'articles.
Mais voilà, curieusement comme le souligna un avocat, le nom de la mairesse calaisienne n'est jamais apparu dans la procédure conduite par le parquet de Boulogne. Ce qui n'empêcha pas qu'à l'ouverture de l'audience, les bancs de presse étaient bien garnis. Et la Voix du Nord y était bien représentée.
L'audience touchait à sa fin et les prévenus venaient prononcer leurs derniers mots quand soudain un avocat et la procureure se dressèrent et désignèrent un des journalistes de la VdN. Le gars venait d'être surpris en train de tendre le bras, avec son téléphone au bout de la main, dans l'intention d'enregistrer les propos d'un des accusés. Immédiatement la présidente appelait un agent de la sécurité et lui demandait de s'emparer du-dit téléphone et de le lui remettre, ceci lors d'une brève suspension d'audience.
Eh, oui, curieusement le confrère, malgré une certaine expérience, avait oublié l'existence de l'article 308 du code de procédure pénale qui dit: Dès l'ouverture de l'audience, l'emploi de tout appareil d'enregistrement ou de diffusion sonore, de caméra de télévision ou de cinéma, d'appareils photographiques est interdit sous peine de 18 000 euros d'amende, qui peut être prononcée dans les conditions prévues au titre VIII du livre IV.
Et le pire, c'est que cet article du code est la copie conforme de l'article 38 de…
De la loi sur la presse!
Bref, c'est comme cela qu'à l'issue de l'audience, on a vu un journaliste quitter le prétoire encadré par trois policiers armés et carapaçonnés.
Une grande première dans cette enceinte.
Du coup, après cet hommage à Boris Vian via son Écume des Jours, on parlera de l'affaire Natacha sans Bouchart demain.