Une vente de logements sociaux à prix bradés qui fait scandale?
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La TOH, Terre d'Opale Habitat, est un organisme de logements sociaux ainsi qu'il y en a des centaines en France.
Comme nombre de ses semblables, la TOH a décidé de mettre en vente des logements sociaux dès lors qu'ils sont amortis par plus de vingt ans de mise en location. Ce sont souvent des logements qui nécessiteraient de gros travaux d'investissements pour les mettre aux nouvelles normes.
Ils sont alors mis en vente à des prix bien plus bas que ceux du marché privé. Et c'est parfaitement légal. Ils sont en priorité proposés aux locataires de l'office. C'est la règle. Il arrive que les locataires, ou bien ne sont pas intéressés, ou bien n'ont pas les moyens financiers pour acheter. C'est presque la majorité des cas. Dès lors les appartements sont mis sur le marché tout public. C'est prévu. Les acquéreurs privés ne se bousculent pas forcément pour acheter un ex-logement social à rénover. C'est fréquent. Alors le vendeur casse les prix. C'est toléré dans une limite de 30% de remise. Et ils finissent par être vendus. Heureusement. Il n'y a qu'une seule condition qui doit être respectée, à savoir que l'éventuel acquéreur ne soit pas déjà propriétaire d'un tel logement. Et cela doit figurer dans l'acte.
C'était le cas pour Mme Cathy C, pour Mme Camille C. et pour M. Fabien J. qui ont tous les trois acquis auprès de TOH un appartement à un prix inférieur au prix initial. Et rien ne le leur interdisait.
Alors pourquoi ces trois là se retrouvent-ils à la barre du tribunal de Boulogne-sur-mer en ce jeudi 2 avril 2026? Patience, on y vient.
Mme Cathy C. et Mme Camille C. sont mère et fille. Au moment des acquisitions, Mme Cathy C. était (elle l'est toujours) la compagne de M. Emmanuel A. qui était le président du conseil d'administration de la TOH. Il était aussi le premier adjoint de Mme Natacha B., mairesse de Calais. Quant à M. Fabien J., il était (et est toujours) le chauffeur particulier de Mme la Mairesse.
Houla, ça commençait à sentir le souffre. Tous les trois auraient-ils bénéficié de passe-droits? C'est ce que laissait entendre, en premier chef, un média en ligne très à cheval sur ces principes. Le scandale enflait quand la presse papier locale et régionale en faisait ses choux gras (cf ci-dessous un des titres de la VdN)

Dès lors, l'affaire devenait politique. Pensez donc, le premier adjoint de la très médiatique mairesse de Calais mis en cause dans un scandale immobilier, cela à quelques mois des élections municipales, ça faisait désordre! Alors Natacha B. se sépara de son premier adjoint devenu trop encombrant. Alors la mairie et la TOH portèrent plainte auprès du procureur de Boulogne, bien embarrassé avec cette histoire.
Pour ajouter une touche au scandale ambiant, l'ex-premier adjoint et ex-président du C.A. de la TOH avait eu la surprenante et stupide idée de réclamer, du temps de sa splendeur fugace, l'usage d'une voiture de fonction afin, disait-il, d'effectuer ses déplacements liés aux affaires immobilières. Or, devant l'absence de voitures disponibles et convenables, il avait obtenu le droit de commander lui-même ce véhicule. Et comme on ne regardait pas à la dépense à la TOH, il s'était rendu chez un concessionnaire BMW! Et il en était ressorti avec une jolie berline. Précisons que tout cela avait été fait de la manière la plus règlementaire qui soit. Mais se retrouver au volant d'une BMW au moment où il était soupçonné, au vu et au su de tous, de favoritisme, voilà qui n'arrangeait pas son image.
Au final, Emmanuel A., homme de confiance et potentiel successeur de Natacha B. à la tête de la mairie, conseiller régional en exercice à l'époque, a tout perdu. Sa situation d'élu avec les avantages. Et aussi la conduite de la BMW!
Plus sérieusement et plus ennuyeux, sa compagne a sombré dans la dépression et sa belle-fille a abandonné une carrière initialement prévue dans le droit chemin de la loi.
Et c'est déjà un beau gâchis essentiellement dû au traitement médiatique de l'affaire. Ce qui lui permet aujourd'hui de crier au complot.
Reste maintenant à savoir quelles seront les suites judiciaires de cette histoire qu'on qualifierait volontiers de croquignolesque si elle n'entraînait de telles conséquences.
C'est à suivre…