Lécher, lâcher, lyncher, c'est la presse!

VERS UNE JUSTICE... EXEMPLAIRE ?

Suite des épisodes précédents à propos de l'affaire judiciaire autour des appartements calaisiens que Terre d'Opale Habitat aurait revendus à des prix diminués à des gens proches d'un pouvoir local.

L'observateur neutre qui découvrait cette affaire calaisienne le jour même de l'audience était en droit de se demander si ce procès aurait eu lieu si la presse locale et régionale ne s'en était pas mêlée.

C'est peu de dire que cette presse a, traditionnellement, l'habitude de ne pas trop contester (litote) les pouvoirs locaux en place. C'est là son côté lécher. Seulement cette presse, qui se vend de moins en moins dans sa version papier, a tendance à suivre les emballements des réseaux sociaux. En l'occurrence celle-ci a apporté son crédit (il en reste) à un scandale politico-financier mis en ligne sur internet. Ce fut sa version lâcher. Et puisque l'histoire a fait du buzz, comme on dit, désormais, la même presse en rajoutait en s'arrêtant sur le maillon le plus faible. Ce fut son côté lyncher. Tant et si bien qu'avant de comparaître devant le tribunal, M. Emmanuel Agius, alors premier adjoint de la maire de Calais et président de Terre d'Opale Habitat (TOH), était déjà coupable, forcément coupable, et ses proches de vilains recéleurs.

Coupable de quoi? De prise illégale d'intérêt par chargé de mission de service public dans une affaire dont il assure l'administration disait l'acte d'accusation. Ah, bon? Même si à la lecture de cette procédure, il apparaît que M. Agius n'a rien “pris”, n'a rien reçu..?
Oui, mais dit l'acte, deux personnes dont il était proche (quoique séparées financièrement de lui) à savoir Mesdames Cathy Ch. et Camille Co., ont bénéficié de ce “recel de bien provenant d'une prise illégale d'intérêt par un chargé de mission”. Ah, oui, tout s'explique alors. Mais…

Que venait faire dans cette même affaire pénale M. Fabien J. qui lui aussi était poursuivi pour recel d'un bien, etc, etc?  Pourtant il n'était pas un proche de M. Agius, le premier adjoint. En revanche, il était (et il est toujours) le chauffeur personnel de Natacha Bouchart, maire de Calais et également membre du CA de TOH. Mais, voilà,  le nom de Mme Bouchart n'apparaît même pas dans la procédure. Étonnant, non?
Pour faire bonne mesure, ce Monsieur Agius, qu'on nous dit si malin, s'est fait proprement rattraper au collet avec une histoire de BMW. Une berline qu'une direction facétieuse (restons prudents) de la TOH lui aurait suggéré d'aller commander lui-même chez le concessionnaire pour lui servir de voiture de fonction. Et l'autre est tombé dans le panneau. Et cela est venu mettre un peu plus de confusion dans le procès.

Ainsi, à l'issue des débats qui ont duré toute une journée, l'observateur neutre restait alors persuadé que sans un acharnement d'une presse avide de scandales, cette affaire n'aurait jamais eu ce retentissement judiciaire.
Bon courage aux magistrats boulonnais qui se sont donné jusqu'au 30 avril pour tenter de dénouer les fils de cette histoire alambiquée et d'en tirer les conclusions judiciaires.

Ceci étant posé, l'observateur neutre, qui a fréquenté de très près le petit monde de la politique et des affaires immobilières publiques, se permet (il ose tout, c'est même à cela qu'on le reconnait) quelques allusions.
Dans combien de villes de moyenne importance (comme Calais) des adjoints s'octroient-ils des véhicules de service qui deviennent des véhicules de fonction dès qu'ils rentrent avec chez eux le soir ou le week-end..? Dans un certain nombre, sinon dans beaucoup d'entre elles. 
A contrario, dans combien de ces villes des élus ayant connaissance d'une bonne affaire, immobilière ou autres, n'en feraient-ils pas profiter des proches ou des relations? Dans très peu, sinon dans quasiment aucune. Ainsi va la vie.

C'est comme avec les costumes de F. Fillon ou l'emploi fictif de son épouse. Il n'était pas le seul parlementaire dans ce cas. Il a servi d'exemple. 
A-t-on alors affaire à une justice… exemplaire? 

J.G.