Un passage à tabacs qui revient cher

A 30.000 euros les 20 kilos, ça commence à faire cher la clope

Les deux camionneurs biélorusses ont fait le voyage depuis chez eux pour être présents devant le tribunal de Boulogne en ce mardi d'avril. Peut-être escomptaient-ils pouvoir repartir avec les quinze mille euros et les quelques kilos de tabacs qui leur avaient été confisqués le 9 octobre dernier par les Douanes.

 Ils n'avaient pas eu de chance ce jour-là. Passant par le Luxembourg avant de se rendre au Royaume Uni, ils avaient acquis un petit kilo de tabac pour leur consommation personnelle. Mais quelqu'un avait subrepticement dissimulé vingt autres kilos parmi la cargaison. (C'est leur version)
Pas de chance non plus , ils avaient soigneusement rangé, dans un emballage en plastic noir, un peu de leurs économies, soit dix mille livres sterling à deux billets près. Mais voilà que le chien des douaniers en reniflant a averti son maître que le sac contenait de l'argent. 
Eh, oui, tout fout le camp. On nous avait pourtant répété que l'argent n'avait pas d'odeur.

Pour faire bonne mesure, l'un des deux avait aussi trois mille livres sur lui. Soit treize mille livres en espèces (15.000 euros) au total, avec eux, avant de passer la frontière. Cela aussi a paru suspect aux douaniers. 
Et voilà les motifs pour lesquels Siarhei et Dzianis comparaissaient devant la justice française, à savoir exportation, sans déclaration, de tabac, transfert d'argent liquide de plus de 10.000 euros en provenance d'un autre état et réalisation d'une opération financière. 
C'étaient autant de délits douaniers dont une agente des Douanes était venue demander réparation. Et, comme toujours, les Douanes n'y vont pas avec le dos de la cuillère. Pour le tabac et le reste, l'addition douanière se montait à près de 50.000 euros. Plus la confiscation du tabac, bien sûr.
A son tour le procureur rappelait aux deux hommes que, outre les sanctions financières, ils risquaient aussi des peines de trois ans et de dix ans de prison.
Traduits par une interprète, voilà des propos qui ne rassuraient guère les deux hommes.
Comme pour marquer ce premier jour de la grève nationale des avocats, les deux hommes avaient choisi de se défendre tout seuls. Ils le firent. Mal. Pas convainquant.

Quand, après un court délibéré, ils se retrouvèrent debout face aux magistrats rendant leur jugement, Siarhei et Dzianis n'en menaient pas large. Seulement six mois de prison et avec sursis, leur traduisit l'interprète. Ils se rassérénèrent un peu. Pas d'interdiction d'entrée ou de séjour sur le territoire français. Le moral remontait. La suite allait casser l'ambiance. Entre les amendes diverses et variées et la confiscation de leurs économies, la facture pénale se montait à près de 30.000 euros. Pour vingt kilos de tabac. Valeur au Luxembourg moins de deux cents euros le kilo. Nos deux hommes mirent un temps à réaliser. Ils ont quitté le prétoire visiblement sonnés. Le voyage retour ne va pas être joyeux. 

La Biélorussie est l'un des pays les plus pauvres du continent européen.
Pas sûr que ces deux là reviendront un jour en France.