UN MARGAT DANS TOUT L'ESSENCE
Le Journaliste: Dis moi, Cher Margat, que penses-tu des prix du carburant dont tous les médias ne cessent de nous parler en nous rappelant que les plus modestes d'entre nous ne vont pas supporter cela longtemps…
Le Margat : On voulez que j'vous dise..? Bin mi j'sins pon el différince intre ça que j'paye aujourd'hui avec ça que j'payois y a trois mois.
L.J. : Tu ferais donc partie des privilégiés, je ne m'y attendais pas…
L.M. : Nan, Mossieur, mi j'chus pon un privilégié. Ej' fais juss comme min Grand-Père y m'a appris.
L.J. : Ah, cela faisait longtemps que tu ne m'avais pas parlé de lui. Et c'est quoi sa recette à ton Grand-Père.
L.M. : Pour li ça fait des années que quand il va à l'pompe avec es' vieille Renault5 qu'il a acataïe qu'j'étois pon incore né, eh bin y paye toudis el'même prix. Et dès qu'j'ai eu m' première bagnole, y m'a donnaïe es'recette
L.J. : Et tu pourrais me confier son secret?
L.M. : C'est pon un secret c'est juss du bon sins. C'étoit l'dernier jour qu'il a été au boulot et que l'lend'main y prenoit sa r'traite qu'l'idée alle y est v'nue…
L.J. : Oui, j'entends bien. Et alors, qu'a-t-il fait ce futur retraité pour payer toujours le carburant le même prix ?
L.M. : In arvenant, y s'étoit arrêtaïe à eune station pour faire du carburant. Il avoit oubliaïe es'carte bancaire à s'maison. Il y restoit juss un billet ed'cinquante euros qu'y garde toujours dins l'tite poche ed'sin pantalon.
L.J. : Oui, et alors…?
L.M. : Alors il a mis pour cinquante euros d'essince dins sin réservoir. Et comme y savoit qu'el mois d'après il alloit pu toucher sin salaire, y s'est promis ed pus jamais mettre plus ed'cinquante euros à la fois dins s'voiture. Et y tient toujours s'parole et y m'a incourageaïe à in faire autant.
L.J. : Ah, oui, vu comme cela je comprends pourquoi tu payes toujours le même prix. Il n'empêche que pour le même prix tu mets moins d'essence dans ton réservoir.
L.M. : ça c'est bin vraïe ! Min Grand Père il a calculaïe que l'première fois qu'il avoit mis cinquante euros d'essince, l'État alle y prenoit vingt euros. Aujourd'hui c'est presque trente. L'État, c'est rin qu'des voleurs.
L.J. : et donc, en payant le même prix, ton Grand-Père il peut rouler moins loin et moins longtemps.
L.M. : forchour, comme y disoit l'aute qui nous sert ed'présidint! Mais y'a p'tète des moyens ed'faire des économies aussi...
L.J. : Comment cela?
L.M. : T'nez, dins m'rue y'a eune école. Eh ben tous les jours mi j'vois des parints qui z'habitent dins l'quartier et qui viennent ar'prinde lu gamins in bagnole. Et y sont là qu'y n'trouv'tent pon ed place pour lu garer… Et qui ressent dins lu carette in laissant tourner el moteur…
L.J. : Oui, mais à côté de cela il y a tous ceux qui ont vraiment besoin d'une voiture pour aller au travail.
L.M. : Ui, bin ceuw-là l'État alle s'in occupe…
L.J. : Que veux tu dire?
L.M. : Au rythme d'où que les intreprises alles croulent sous les charges et qu'alles disparaissent, bintôt y aura pus grind monde qui prindra s'voiture pour aller bosser. Et y'aura pus d'problème d'essince…
L.J. : Hola, je te sens bien pessimiste mon Cher Margat
L.M. : Nan, j'suis optimisse au contraire. Min Grand-Père y dit toujours que quand on s'attind au pire, on n'peut jamais ête déçu. Alors ej'fais l'même pari.
L.J. : Sacré Margat, tu as toujours le dernier mot.