Au tribunal aussi, Boulogne nous est... conté
H.N. est un homme dans la cinquantaine. Il n'est visiblement pas à l'aise en venant raconter sa vie devant les magistrats. Il est poursuivi en justice pour des faits de violences conjugales, de menaces de destruction dangereuse et autres manifestations d'alcoolisme commis l'été dernier. Une sorte de banalité devant le tribunal de Boulogne/mer.
Les violences, y compris familiales ou conjugales, souvent aggravées par la consommation excessive d'alcool, font partie des délits les plus représentatifs dans le cadre du tribunal correctionnel de la capitale de la Côte d'Opale.
A tel point que cette notion aurait pu figurer dans la rubrique “Si Boulogne m'était compté” publiée par ailleurs dans ce blog. D'autant plus que dans le cas présent on peut aussi y ajouter des histoires de pension d'invalidité, voire de suspension de pension de réversion. Ça aussi, c'est Boulogne, même si ces faits n'entrent pas dans les statistiques officielles de l'INSEE…!
H.N., malgré sa gène évidente, relate néanmoins avec quelques détails son histoire devant les magistrats. C'est à la suite d'une coloscopie qu'il aurait attrapé des streptocoques, lesquels seraient à l'origine d'une grave infection qui l'a laissé fortement atteint pendant des mois. Une situation contre laquelle il avait trouvé un remède pas forcément indiqué. Quel était votre rythme de consommation?, lui demande la présidente? Dix Ricard par jour répond, modestement, H.N.
Une nuit, alors qu'il avait sans doute encore forcé la dose, pour une raison futile il s'est pris la tête avec son épouse. Cris, violences, menaces de destructions diverses, le summum fut atteint quand H.N. s'empara d'un couteau pour aller crever les pneus de la voiture que son épouse devait reprendre le lendemain et qu'il passa à l'acte. Et comme il menaçait également de mettre le feu au véhicule garé devant la maison, des témoins appelèrent la police. S'en suivirent d'autres insultes devant les policiers, aggravées par un refus d'obtempérer. D'où le procès.
Dans son malheur, H.N. a eu de la chance, si l'on peut dire. Il s'est présenté ce mardi devant un tribunal sinon plein de bienveillance, du moins plein d'une évidente compréhension mâtinée de recommandations d'ordre psychologique ou encore de rappels à la moralité. Même le parquet ne s'est pas montré trop incisif laissant la part belle à un avocat expliquant que depuis les faits son client avait compris et changé de mode de vie.
Finalement, après avoir passé près d'une heure autour de ce cas, le tribunal est revenu du délibéré avec une sanction légère compte tenu de la gravité des faits en référence au seul code pénal. Soit une condamnation avec six mois de prison avec sursis, sans prise en compte d'un état de récidive légale qui aurait pu mener H.N. directement en prison. Il faut dire aussi que l'épouse du prévenu avait renoncé à déposer plainte et avait repris avec lui une vie conjugale commencée vingt huit années plus tôt. Un vrai pari sur l'avenir alors qu'une demande de divorce avait été envisagée.
Voilà. C'était une audience ordinaire dans le Palais de Justice de Boulogne-sur-Mer. Il y était question d'alcoolisme, de divorce mais aussi de la pension d'invalidité que percevait H.N. suite à ses problèmes de santé. Et aussi de la suspension définitive de la pension de réversion de son épouse, sanction devenue quasiment automatique dans ce genre d'affaires. Un de ces aspects récurrents qui caractérisent aussi la vie de certains habitants du Boulonnais mais que l'on n'évoque jamais dans les statistiques.
Ah, si Boulogne nous était vraiment conté!
N.B. Pension et Réversion ne riment plus forcément.
A l'occasion de ce procès on a pu mesurer l'application de la loi n° 2019-1480, du 28 décembre 2019, visant à agir contre les violences au sein de la famille (JO, 29 décembre 2019) adoptée le 18 décembre en procédure accélérée et qui a prévu, entre autres dispositions, en son article 9, le non-versement de la pension de réversion en cas de condamnation du conjoint survivant pour violences commises sur l’autre conjoint.
On espère quand même que nos parlementaires n'ont pas trouvé que cet argument pour prévenir les violences conjugales.