Une journée entière d'audience pour cinq relaxes !
C'était le 2 avril dernier. Entre 9 heures et 17 heures l'audience du tribunal judiciaire de Boulogne avait été uniquement consacrée à un “scandale” révélé et entretenu par la presse calaisienne.
Un ancien premier adjoint de la très médiatique maire Natacha Bouchart était accusé d'avoir profité de ses fonctions de président d'un office public d'HLM pour l'acquisition de logements sociaux revendus à bas coûts.
A ses côtés, sur le banc des prévenus, on trouvait deux femmes et un homme susceptibles d'avoir bénéficié de ces arrangements ainsi qu'un autre soupçonné de complicité de prise illégale d'intérêt. Rien que du beau monde. Ce qui explique que ce matin-là, les bancs de la presse avait été pris d'assaut…
Pendant près de quatre heures le matin et trois heures l'après-midi, l'affaire avait été débattue d'abord avec l'interrogatoire individuel de chacun des prévenus puis avec les réquisitions du parquet et, enfin, avec les plaidoiries de cinq avocats.
A l'issue de quoi, avec un tout petit peu de bon sens, les témoins de cette audience étaient en droit de se demander par quels curieux stratagèmes cette histoire alambiquée était arrivée devant des juges. C'était d'ailleurs l'esprit du compte-rendu que nous avions publié à l'époque (https://www.lejournalboulonnais.fr/article-247.html).
Le jugement avait été mis en délibéré.
Un mois plus tard le jugement est tombé. Le tribunal a prononcé cinq relaxes, pas une de moins. Pas de prise illégale d'intérêt, pas de complicité de prise illégale, pas de recel de prise illégale d'intérêt. Nib. Que dalle. Macache. Enfin presque…
Car curieusement, parallèlement à cette histoire de prise illégale d'intérêt dans le domaine immobilier, un autre reproche était adressé à l'ex-premier adjoint et ex-président de l'office d'HLM: le fait d'avoir commandé lui-même une BMW pour lui servir de voiture de fonction. Un coup de folie que seule pouvait justifier une impression d'avoir tous les pouvoirs.
Pour cette imbécillité (il n'est, hélas, pas le seul élu a subir ce syndrome de l'hubris), l'ex-élu et ex-possible successeur de la maire de Calais, s'est fait rattraper par la patrouille. Le tribunal l'a condamné à…
A une amende et à verser un euro de dédommagement à la mairie.
La justice a fait son travail, ce sera la conclusion.
Il n'empêche, une journée entière d'audience pour cette histoire mal ficelée au départ, tout cela en raison de la pression d'une presse empressée, voilà qui donne quand même à réfléchir.
Seule petite satisfaction pour les “victimes” de cette histoire, c'est d'avoir pu voir un des journalistes accusateurs quitter le palais de justice sous bonne escorte, ceci pour n'avoir pas respecté la loi*pendant l'audience.
On a les plaisirs mesquins qu'on peut…
* Ce confrère (en un seul mot) avait tenté d'enregistrer avec son téléphone la déclaration d'une prévenue en cours d'audience. C'est interdit, tout journaliste est censé le savoir, par surcroît des panneaux le rappellent dans la salle d'audience.