Au tribunal, des jumeaux d'Outreau à la peine.
Pour ces frères jumeaux outrelois le respect de la loi n'est pas la première des préoccupations. A eux deux, malgré leur jeune âge, ils cumulent déjà les sanctions pénales pour des faits de violences, y compris avec arme, de vols ou encore de trafic de stups. Quatre condamnations pour l'un, neuf pour l'autre, treize à la douzaine. Chez les jumeaux, tout en se copiant, il y en a souvent un qui est plus demandeur que l'autre comme c'est en l'occurrence le cas. Mais il n'y a pas de quoi rire, leur vie c'est quand même un sacré gâchis.
Cela fait maintenant près de deux années qu'ils moisissent en prison, à Amiens. Oui, ils moisissent, c'est l'un des deux qui l'a laissé entendre et l'autre qui a confirmé en précisant que dans leur maison d'arrêt picarde il y aurait 600 détenus pour officiellement 255 places qui ne riment pas avec palace.
Quant aux motifs qui les ont conduits en détention depuis mai 2024, ils donnent une sinistre impression de ce que peut devenir le Boulonnais dans une forme de misère morale et sociale. A tel point que la procureure fera, lors de son réquisitoire, un rapprochement entre ce qui s'est passé à Boulogne et ce qui se passe à Marseille.
Les faits sont à la fois d'une gravité et d'une imbécilité sans mesure. On résume. Suite à des querelles de clans ou de quartiers, à l'évidence tournant autour du trafic de drogue, l'un des jumeaux s'était fait casser la tête, au sens propre si l'on peut dire. Les policiers de Boulogne ayant refusé de prendre sa plainte sur le champ (ils venaient de passer deux heures avec sa famille elle aussi venue déposer plainte pour un autre motif) le Jumeau 1 avait décidé de se faire justice lui-même. Avec le Jumeau 2 au volant de sa voiture noire, ils avaient parcouru les rues de la ville à la recherche de l'un de leurs adversaires. Jusqu'au moment où ils avaient cru en reconnaître un au volant de sa voiture blanche. Avait alors commencé une course poursuite qui avait connu son épilogue sur le Boulevard Diderot. Il était un peu plus de dix-sept heures, il y avait du monde dehors
Après que Jumeau 2 ait réussi à se porter à la hauteur de l'autre voiture, Jumeau 1, brandissant une arme de poing par la portière passager, avait tiré deux coups de feu qui avaient fait mouche. La scène s'était déroulée devant quelques témoins éberlués et effrayés à la fois, dont l'un avait informé le commissariat. Une rapide enquête et quelques visionnages de caméras de vidéo surveillance avaient très vite permis aux policiers d'identifier les véhicules en cause et leurs propriétaires. Et ce qu'ils avaient découvert en retrouvant la voiture blanche était plutôt inquiétant. Deux balles avaient percé la carrosserie. Une, après avoir traversé le coffre avait transpercé la banquette arrière et s'était arrêtée dans le dossier du siège avant, à deux centimètres du dos du conducteur. On était presque dans une tentative d'assassinat.
Les faits avaient, simplement, été requalifiés en violences aggravées. Devant leurs juges, les deux jumeaux ne les niaient pas. Jumeau 1, le tireur, voulait même en assumer la plus grande part de responsabilité, comme s'il protégeait le “petit” frère. Il était là, à la barre, qui s'agitait nerveusement en répondant avec véhémence aux magistrats tentant de le comprendre à travers un langage bien personnel.
Mais il n'y avait rien à comprendre. On voyageait en Absurdie. Rien n'était cohérent, rien ne s'expliquait, rien ne se justifiait vraiment. Rien d'évident, sauf les conséquences.
“Cela fait deux ans que je n'ai pas vu mes enfants” se lamentait Jumeau 1 tandis que dans la salle se trouvaient quelques membres de son clan. Plus le temps passait et plus on mesurait le gâchis. Des familles brisées, des couples cassés, des enfants délaissés, des jeunes adultes en perdition. Quelle image du Boulonnais!
Et la représentante du parquet, avant de réclamer des peines de 5 ans et 6 ans de prison pour les deux jumeaux, y ajoutait sa touche personnelle “Ce qui s'est passé ce jour-là à Boulogne c'est ce qui se passe à Marseille”.
On a connu des appareillements plus valorisants.
J'ai quitté la salle avant le rendu des jugements.
Bonjour tristesse.
J.G.