Le Margat, le Bar Hamiot et des souvenirs...

... DE CIRCONSTANCE, BIEN SÛR !

Le Journaliste: Bonjour, cher Margat, j'aimerais bien savoir pourquoi tu m'as donné rendez-vous ici ce matin…
Le Margat : C'est à cause ed'min Grand-Père. Comme y sait qu'on parle souvint d'li y m'a dit qu'il avoit un message pour vous.
L.J. : Un message de ton Grand-Père? Dis moi, quel honneur..!
L.M. : N'soyez pon ironique. T'nez, on z'armarquez rin autour ed'vous..?
L.J. : Oui, je remarque que tu me donnes rendez-vous dans un endroit qui me fiche un peu le cafard.
L.M. : C'est d'ça qu'min Grand-Père y vouloit qu'ej vous parle. On est d'vant el'bar Hamiot et arguettez dins quel état qu'il est:

L.J. : Tu sais je passe ici régulièrement et je me fais la même réflexion.
L.M. : Déjà on peut s'deminder quo qu'y z'avoit dins lu cerveau les abrutis qui s'sont amusaïe à casser tous les carriauw…
L.J. : C'est vraiment détruire pour détruire… Mais quel rapport avec ton Grand-Père..?
L.M. : Pour min Grand-Père, el Bar Hamiot d'sin temps c'étoit sin deuxième bureau…
L.J. : Oui, j'ai déjà entendu cette expression…
L.M. : Quand y m'in parle aujourd'hui, il in a presse les larmes aux zieux. Y s'souvient ed'l'ambiance. On y rincontroit toutes sortes ed'gins. Y'avoit des ouvriers in blu d'traval à côté ed'gins in costume cravate…
L.J. : C'est ce que j'ai entendu dire…
L.M. : Min Grand-Père y s'rappelle qu'y discutoit parfois avec el'patron, Michel, qu'il étoit riche mais qui parloit avec tout l'monde, sins distinction.
L.J. : Je crois même qu'il était aussi le propriétaire d'un très bel établissement de restauration et d'hôtellerie à Wimereux…
L.M. : Ui, j'sais. Min Grand-Père il a plein d'souvenirs comme ça. Y m'a racontaïe qu'el 10 mai 1981 au soir il étoit v'nu ici pour fêter el victoire ed Mitterrand, car à l'époque, il étoit d'gauche…
L.J. : Qui ça?  Mitterrand?
L.M. : Ne m'faites pon rire! Non, j'parle ed' min Grand-Père. Même qu'y s'étoit amusaïe avec ses copains à s'moquer d'eune paire ed'garçons d'café qu'y z'étoient plutôt à droite. Mais c'étoit pon méquant. Deuw jours après y n'y pinsoient pus et y rigolotent comme avant.
L.J. : Rien que de bons souvenirs alors..?
L.M. : Ui, et c'est pour ça qu'min Grand Père y veut pu arpasser dins l'coin quand y voit commint ça été abandonnaïe et qu'tout l'monde il a l'air ed s'in foute. C'est ça aussi Boulonne…
L.J. : Mais j'ai entendu dire que l'établissement avait été racheté et que cela allait changer prochainement…
L.M. : Ui, si c'est vrai bin y s'roit temps. C't'eune honte d'avoir laissé aussi longtimps dins c't'état-là eune maison qu'alle avoit fait el renommée ed Boulonne…
L.J. : Et quel était le message de ton Grand-Père à mon intention..?
L.M. : Y m'a dit comme ça, té diras à tin copain journalisse qu'à mes zieux, à Boulonne y faut pon qu'ça soit Pon d'nems et des circonstinces. S'il a fait du latin, y comprindra qu'il a ajoutaïe. J'avoue qu'mi j'ai arrêtaïe el'latin in cinquième. Mais j'ai bin eune tite idée ed çà qui vouloit dire. Et vous..?
L.J. : Sacré, Margat. J'ai juste envie de te répondre, arrête ton cirque, l'avenir de Boulogne ce n'est pas qu'un jeu.
L.M. : Ah, ah! Pour eune fois, j'crois bin qu'c'est vous qu'on z'avez eu el dernier mot. Allez, à l'arvoyure..!