Un avocat en colère au tribunal de Boulogne !

OU, DE LA DIFFICULTÉ DE RENDRE LA JUSTICE EN FRANCE...

Tribunal de Boulogne en ce mardi matin. Une journée entière a été prévue pour l'examen de cette affaire impliquant cinq prévenus, trois parties civiles et cinq avocats. Mais rien ne va vraiment se passer comme prévu…

Il y a d'abord un avocat du barreau d'Amiens qui ronge son frein depuis de longues minutes. Il faut dire qu'avant d'aborder l'affaire pénale, le tribunal a pris du temps pour recevoir des prestations de serment. Aussi, la présidente a-t-elle à peine commencé d'appeler les prévenus que Me Jérôme Crépin s'avance vers la barre pour réclamer un droit de comparaître pour son client. Et l'on comprend à son ton, à sa voix et à ses gestes qu'il est en colère.

La raison de cet emportement? La justice de Quimper a empêché son client de quitter la Bretagne pour venir à Boulogne, explique-t-il. 
Et c'est vrai! Un magistrat breton a bien interdit à Steven B., poursuivi pour de multiples délits supposés, de quitter Quimper pour venir assister à son procès sur la Côte d'Opale. C'est incontestable. Mais c'est justifiable. Le juge d'application des peines (le jap) de Quimper a estimé que le Steven, qui purge avec un bracelet électronique la fin d'une peine de prison ferme pour d'autres délits, ne pouvait pas obtenir légalement de permission de sortie. Le jap s'est référé à un article du code pénal qui interdit toute autorisation de plus d'une journée à un condamné qui n'a pas accompli la totalité de sa peine. Et le même juge a estimé que le Steven B. pouvait très bien comparaître à cette audience à distance, par procédé audio-visuel. Ce que conteste son défenseur.

Très remonté, l'avocat amiénois explique qu'à défaut d'une permission, effectivement interdite dans ces conditions, le magistrat breton avait la possibilité d'autoriser autrement la venue de son client à Boulogne. On entre alors dans un débat juridique qui ne sera pas tranché sur la forme. Toutefois le tribunal de Boulogne, à contrario des réquisitions du parquet, accordera le bénéfice du doute au Quimpérois et renverra sa comparution au… Au 4 mars 2027. A 8heures 30 tapantes.

Ah, oui, un détail en passant: les faits reprochés à Steven et à sa bande remontent à l'année 2014. Cela fera treize ans le 4 mars prochain.
Allez, un autre détail, sur les cinq prévenus qui devaient comparaître ce mardi, si un a été judiciairement empêché, deux autres ont tout simplement décidé de leur propre chef de ne pas venir.
Ces deux-là pourraient le regretter car le tribunal a décidé de les juger malgré leur absence. On dit aussi par défaut. Et sans circonstances atténuantes. 
En attendant, prévue pour durer une journée entière, l'audience de ce mardi a pu être levée en début d'après -midi.
On y reviendra.
D'ici là on peut toujours essayer d'en tirer une conclusion sur les difficultés de rendre la justice en France.