Des peines de prison ferme pour violences et séquestrations
Bruno M. est alors un presque septuagénaire tranquille. Il vit, heureux, avec son épouse, dans cette maison implantée à l'écart du village. Avec ses quatre chiens qui l'accompagnent lors de ses parties de chasse. En cette fin de soirée du 15 décembre de l'année 2014 le couple savoure cette tranquillité et Bruno, qui porte le nom d'un prophète, ne sait pas encore que leur vie va bientôt basculer…
Près de douze ans ont passé. En ce mardi de mai 2026, Bruno est arrivé de bonne heure dans la salle d'audience du tribunal. Il s'est assis sur un banc, à l'écart des rares autres spectateurs. Pendant une bonne partie de la matinée il va suivre, silencieusement, les débats.
A la barre, là où il y aurait pu y avoir cinq prévenus, ils ne sont que deux. Deux autres ont choisi de ne pas répondre à leur convocation. Le cinquième a obtenu que son cas soit renvoyé aux calendes.
Les deux présents, les frangins Jim et Michael C. sont accusés, avec leurs anciens complices, d'avoir commis de nombreux délits entre janvier 2014 et septembre 2015.
La liste en est impressionnante. Cela va des vols de voitures de luxe (y compris une Jaguar, on ne se refusait rien) à des cambriolages loufoques. Comme ces vols dans des stations Eléphant Bleu, avec pour seul butin 500 jetons de lavage. Si bien qu'il en a fallu du temps aux enquêteurs, en étudiant les fameux bornages de téléphone, pour démontrer la réalité de leur participation à des méfaits les plus significatifs. Puis du temps, à des juges d'instruction, pour récapituler tout cela. D'où le délai entre la commission des faits et le jugement.
Devant les magistrats, Jim C. tente d'abord de minimiser son rôle. Puis, le temps passant, il finit par reconnaître sa participation. Il faut dire que la présidente, avec son apparente compréhension, est parvenue à lui faire rompre l'armure.
Bientôt Jim le truand va se comporter en gamin repenti. “C'est pas bien ce que j'ai fait” pleurniche-t-il presque.
Dans la salle, sur son banc, Bruno, devenu septuagénaire, n'en rate pas un mot, pas une expression. Arrive le moment où la présidente évoque cette nuit du 15 décembre 2014. Cette nuit ou Jim et ses complices ont fracturé la porte d'une maison de campagne. Cette nuit où l'un d'eux a brutalisé le propriétaire des lieux. Cette nuit où ils ont ligoté les occupants pour leur faire avouer où ils pouvaient bien cacher leurs économies et autres richesses supposées. A ce moment-là, depuis son banc, Bruno, sans y avoir été invité, prend la parole. “C'est lui, je le reconnais. C'est lui qui m'a fichu son poing dans la gueule et je suis tombé assommé”.
C'est pour cela que cet homme est venu. Pour crier sa colère. Car depuis cette nuit de décembre, leur vie, à lui et son épouse, n'a plus jamais été la même.
Leur bourreau d'un soir semble enfin prendre conscience de la gravité des faits. Il jure qu'il a changé, que tout cela c'était du passé. Michaël C., lui, ne dit rien, ou presque rien.
Les frères C. apparaissent comme deux hommes sans cervelle, inconscients du mal qu'ils faisaient, indifférents au sort de leurs victimes. Dans une forme de misère morale assez inexplicable mais réelle. Comme on en rencontre trop souvent dans le prétoire du tribunal boulonnais.
La suite du procès, ce sera essentiellement du juridique avec la parole à l'accusation et aux parties civiles.
Après une longue interruption d'audience, un temps pour le déjeuner, un temps pour le délibéré, les sanctions vont tomber en début d'après-midi. Jim C. va en prendre pour huit ans de prison. Grâce à une histoire de confusion des peines (souvent incompréhensible pour les victimes), sur ces huit ans, il n'en fera que trois. Un mandat d'amener (en cellule) va être délivré. L'homme va vivre ses derniers instants de liberté avec sa famille qui a assisté au procès. Son frère s'en sort mieux, avec seulement un an de prison, éventuellement aménageable. Un autre complice, celui qui avait tiré avec une arme à feu sur une maison et qui ne s'est pas présenté à l'audience, aura la surprise de voir bientôt des forces de l'ordre l'emmener pour un séjour de trois ans en geôle. Les condamnés devront aussi s'acquitter de lourds dédommagements au bénéfice de leurs victimes.
Voilà, il a fallu du temps mais justice a été rendue.
Mais Bruno, lui, il était déjà parti. Il n'avait pas souhaité assister à l'annonce des condamnations. Il s'en était retourné vers sa maison, jadis si tranquille, à l'écart du village. Emportant avec lui le souvenir de cette nuit de décembre 2014.
On ne parle pas souvent du poids que vont porter tout le reste de leur vie les victimes de ces crapuleries de bas étages. Les dites victimes ont rarement le dernier mot et Bruno M. n'était pas leur prophète. (clin d'oeil)