Devant le tribunal, ce n'était qu'un mauvais coup !

UN GRAND AMOUR NE VAUT JAMAIS UNE BALAYETTE

Violences habituelles suivies d'incapacité supérieures à huit jours commises en récidive par conjoint ou concubin. On appelle cela aussi violences conjugales. Un genre d'affaire qui revient régulièrement devant la juridiction boulonnaise.

L'histoire est classique. Une jeune femme rencontre en février 2025 un homme de son âge et tout de suite, c'est le grand amour. Ils se mettent en ménage. Léo, il s'appelle Léo, oublie juste de dire à sa nouvelle conquête que quelques mois plus tôt il a fait l'objet d'une condamnation pour violences sur conjoint. L'amour rend aveugle, c'est bien connu. Dissimulateur aussi parfois.

Julie, elle s'appelle Julie, ne va pas attendre longtemps pour découvrir la face cachée de Léo. Dès le mois d'avril commencent les brimades et les insultes. Pour justifier ce comportement Léo expliquera que c'était parce qu'il était jaloux. Et uniquement quand il avait bu. Même s'il reconnait plus tard qu'il buvait deux litres de bière tous les deux jours. Le couple poursuivra ainsi sa vie commune jusqu'à l'été, avec des hauts et des bas. Et des violences. Il y aura une grosse alerte en novembre qui n'empêchera pas tout de suite la poursuite d'une vie commune. Selon certains observateurs, Julie serait tombée sous l'emprise de ce nouveau compagnon. Un mauvais coup à l'évidence.

Les choses vont définitivement se gâter le 7 mai dernier alors que le couple avait entamé sa séparation. A l'issue de cette journée, après maints accrochages, crachats à la figure et forces insultes, en public, Léo a retrouvé Julie en face à face. Nouvelles insultes et bousculades, suivies d'une balayette. Une balayette c'est un geste de lutte qui consiste à faucher les jambes de son adversaire pour le projeter au sol. D'après des témoins de la scène, Léo aurait effectué cette balayette comme un pro. La chute a été violente.

Cette fois les forces de l'ordre ont été alertées. Léo a été arrêté, présenté à la justice et déféré devant le tribunal judiciaire de Boulogne via un passage en prison préventive.
A l'audience, le président a rappelé les faits de violences avérés et confirmés par des photos, des examens médico-légaux et par des témoignages. Pas moyen pour le prévenu de les mettre en doute. Son système de défense devient alors pitoyable. Il a maltraité sa compagne par amour se lamente-t-il. Parce qu'il est jaloux aussi. Mais il le regrette, il le promet. Il pleure à chaudes larmes, s'agrippant à la barre. On croit même l'entendre parler de mettre fin à ses jours. Il implore un pardon que son ex-compagne, toute proche à la barre et de nouveau sous emprise, serait presque prête à lui accorder… Avant de se raviser.
Pour mettre fin à l'équivoque, l'avocate de la partie civile sera brève. Elle déclinera le mot amour suivi des mots de coups, d'insultes, de menaces ou de balayettes, pour démontrer qu'ils ne peuvent pas aller ensemble.

Le procureur, après avoir rappelé au prévenu que sa compagne n'était pas sa chose, va réclamer une peine de 18 mois de prison aménageable afin qu'il puisse conserver son emploi.
Après délibéré, le tribunal ira beaucoup plus loin dans la sanction. Le mari violent va donc repartir avec son escorte pénitentiaire pour deux ans de prison ferme et un an et demi avec sursis. La sentence est accueillie dans le silence. Léo, lui, ne pleure plus. Il est visiblement abattu.

Et cette fois, c'est lui qui accuse le coup.