LE MARGAT, DU SANG ET DE L'OR

OU LES ENFANTS DE LA BALLE...

Le Journaliste : Bonjour Cher Margat. Dis-moi, il te va très bien et tu ne passes pas inaperçu avec ce T-shirt jaune et rouge…

Le Margat  : Nan, Môssieu! D’abord min maillot il est pon jaune et rouge mais il est Sang et Or et pis in plus j’l’avois déjà mis vendredi soir et y’avoit des milliers d’gins face à mi qui z’étotent habillaïes pareil.

L.J. : Et où cela se passait-il et où es-tu encore allé comme cela..?
L.M. : Mi, j'étois chez Min Grand-Père et on arguettoit l'télé qu'alle diffusoit el'match de l'Coupe de France entre Lens et Nice. Et su l'écran on pouvoit voir des dizaines ed'milliers d'gins qui z'avoient el'même maillot qu'nous, sauf qu'euw y cantoient et y z'agitoient des bannières.
L.J. : Des dizaines de milliers de supporters lensois..? Tu n'exagères pas un petit peu, il y a à peine trente mille habitants à Lens…
L.M. : Eh bin, c'est comme ça. Si Boulonne c'est l'capitale d'el Côte d'Opale, Lens c'est l'capitale du foot du Pas de Calais. Y z'étoient cinquante mille supporters au Stade de France. T'nez, on z'allez rire. Y z'in ont même profitaïe pour faire el'fête à c'ti-là qui nous sert ed'présidint ed'pis trop longtimps. Même si à l'télé y z'ont fait in sorte que ça ne s'intinde pon.
L.J. : Et ton Grand-Père, il est à la fois un anti-macron et un supporter de l'équipe de Lens..?
L.M. : Ui, Môssieu. Même que min Grand-Père il a eu l'occasion ed participer à leur échauffemint d'avant match….
L.J. : Ah bon! Depuis depuis son fauteuil devant la télé..?
L.M. : Nan , c'étoit dins les années soixante dix. Le RC Lens il étoit cor in deuzième division et il étoit v'nu faire eune t'tite préparation au Portel contre l'USB, c'est comme ça qu's'appeloit l'USBCO à l'époque.
L.J. : Et ton Grand-Père faisait partie de l'équipe…
L.M. : Pon du tout, nan il étoit là in spectateur et y s'étoit mis à aller archercher les balles et à les rinvoyer pendint l'échauffemint. A l'époque on pouvoit cor approcher les joueurs, c'étoit pon des vedettes millionnaires. 
L.J. : Il n'empêche, ton Grand-Père a dû être très satisfait de la victoire des Lensois et de la joie des dizaines de milliers de supporters…
L.M. : Ui, et pis in même timps, quand il a fermé l'télé, il a eu un tit coup d'blouse.
L. J. : Comment cela?
L.M. : Y m'a dit comme çà, té vois min p'tit fiu, ces braves gins y vont faire el'fête tout le week-end qui va ête long. Et pis mardi y vont s'artrouver avec tous lu problèmes et y vont braire in allant à l'pompe à cause des prix d'l'essince et d'tout l'resse qui n'tourne pon rond…
L.J. :  C'est l'éternel recommencement de la stratégie du pain et des jeux du cirque…
L.M. : Eh, ouais, c'est exactemint ça qui m'a dit avint d'aller s'coucher. Mais li y m'l'a dit in latin.
L.J. : Parce qu'il parle latin ton Grand-Père?
L.M. : N'rigolez pon, on z'allez bintôt avoir eune surprise. 
L.J. : J'adore les surprises. Alors à bientôt mon cher Margat.