Une soirée qui avait mal tourné

L'Eden avait un avant goût du purgatoire...

C'était une soirée d'anniversaire bien arrosée. Elle s'était poursuivie dans une boite de nuit alors réputée à Boulogne, l'Eden. Une soirée qui a tourné au cauchemar et qui a connu son prolongement ce mardi devant le tribunal.

Ils sont cinq a être poursuivis pour violences aggravées. Parmi ces cinq, ils sont quatre à se porter parties civiles les uns contre les autres. Un embrouillamini judiciaire dont on se demande comment la justice va s'en dépatouiller. Car, ne seraient-ce les conséquences, on a du mal à prendre cette affaire au sérieux.

C'est l'histoire d'une jeune femme qui, après avoir bien arrosé son anniversaire est allée conclure la soirée dans une boite de nuit avec son compagnon et quelques amis. A un moment, elle a voulu  prendre parti , avec une certaine véhémence, pour son compagnon qui faisait l'objet de quelques quolibets déplacés de la part d'un habitué de la boite. Lequel habitué, par pure provocation, a jeté un verre de liquide à la face de la jeune femme. Le liquide et le verre avec, cela s'entend. Un geste pas vraiment courtois que le compagnon de la jeune femme a tenté de régler un peu physiquement. D'où une certaine confusion au milieu des pistes de danse et l'intervention du vigile de service. Bref, une histoire de cornecul comme il s'en produit (trop fréquemment) dans ce genre d'endroit. 

L'affaire aurait pu en rester là. Mais, allons savoir pourquoi, le délire s'est poursuivi en dehors de la boite. Et là, c'est le compagnon de la jeune femme qui a trinqué, si l'on peut oser l'expression. Il s'est retrouvé complètement assommé, sur le trottoir, avant d'y recevoir un dernier coup. Un médecin légiste estimera même son incapacité de travail à trois semaines. D'où, sa plainte pour violences.
L'auteur de ces coups n'était autre que le vigile de la boite venu terminer dehors ce qu'il n'avait pas fini à l'intérieur. Et, ce n'était pas génial comme idée. Un vigile ne devrait jamais faire çà.
Alors, sentant venir les ennuis judiciaires, le vigile et autres auteurs de coups ont décidé, eux aussi, de porter plainte pour violences. D'où la confusion à l'audience entre les prévenus et les victimes

Voilà à peu près le fond de l'histoire tel qu'll est apparu après plus de deux heures de débats.
Ajoutons que parmi les prévenus, il en est un (le vigile) qui prépare son entrée en école de police. Ce qui lui attirera cette remarque de la représentante du parquet “Vous, dans la police? C'est moi qui ne serais pas rassurée”. Un autre,  celui qui a eu trois semaines d'arrêt, est sapeur-pompier professionnel à la caserne de Boulogne. Sa compagne n'a jamais fait parler d'elle avant cette histoire. Et enfin, Il en est deux autres qui ont déjà des casiers judiciaires bien garnis.
Mesdames et Monsieur les juges, débrouillez vous avec cela!

Après une heure et demi de délibération, le tribunal a condamné les deux multirécidivistes à 10 mois de prison* sans sursis. Le vigile, lui, a écopé de 12 mois de prison* mais sans inscription au casier judiciaire B2. Il pourra donc entrer dans la police, Madame la Procureure sait à quoi s'en tenir. La jeune femme qui arrosait un peu trop son anniversaire pourra aller arroser, avec modération, son absence de sanction. Quant à son compagnon, il s'en est sorti avec une peine de 500 euros d'amende, avec sursis. Et pas davantage d'inscription au casier; De quoi rester sapeur… et sans reproche!
L'Eden avait eu un avant goût de purgatoire, finalement Dieu aura reconnu les siens…


* NB: Les peines de prison de 12 mois et moins ne conduisent pas en cellule. Un juge d'application des peines décide par quelles mesures elles sont remplacées.