AU PORTEL: VIOLENCES INTRA-CONJUGALES
Ce jour-là Boby avait quelque chose comme trois grammes d'alcool dans le sang. Alors quand Sarah, son épouse, qui n'était pas non plus à jeun, lui a dit qu'il était cocu, son sang alcoolisé lui a fait un mauvais tour.
Comme il le dira plus tard, “cocu, ça m'a fait exploser”. Et exploser aussi la tête de sa femme qui lui a servi de punching-ball. Bilan, une incapacité de travail supérieure à huit jours pour l'une et une comparution pour violences, y compris habituelles, pour l'autre.
La scène s'est déroulée au Portel le 6 décembre dernier. Comme la plupart des scènes de violences conjugales, celle-ci était d'une triste banalité dans le couple et avait connu plusieurs répétitions avant cette journée de Saint Nicolas.
Sauf que cette fois, la fille de la maison, une adolescente, n'a pas supporté la vision de sa mère ainsi maltraitée par un père pour lequel elle éprouvait néanmoins des sentiments filiaux. Alors elle a appelé la police. Et la police a constaté les dégâts. Des photos vont bientôt circuler entre les magistrats, l'avocat du prévenu et Boby. Même vues de loin, elles ne laissent aucun doute sur le déchaînement de violences.
Alors va s'en suivre un débat, sans doute parce que la justice a besoin de comprendre. Mais qu'y a-t-il vraiment à comprendre quand un homme reconnait, en se disant honteux de ce qu'il a fait, qu'il a bien porté des coups de poings au visage de son épouse. Quand il reconnaît lui même qu'il lui a aussi donné des coups de pieds dans les jambes.
Il suffit de fermer les yeux, de revoir en mémoire les photos de la victime et de s'imaginer la scène. Et ça devient tout de suite insupportable. Et injustifiable. Qu'y a-t-il à comprendre quand l'homme dit que cette violence a commencé quand il a eu un deuil très proche. Et alors? Et que s'il a déjà été condamné, il y a cinq ans pour les mêmes faits, c'était à cause du Covid et des confinements démoniaques. Ah, oui? Ou bien que cela ne lui arrive que quand il a trop bu, sachant qu'il reconnait pouvoir consommer quatre litres de bière par jour? Et pis quoi plus, comme on dit au Portel?
Mais la justice veut comprendre quand même, ce qui ne changera rien au résultat final. Il est coupable.
Reste alors à définir la peine. Quelles sont les sanctions dont dispose le tribunal face à ces faits injustifiables? A l'exception de la prison, rien ou presque. Rien de vraiment dissuasif en tout cas. Des mesures d'éloignement, bien sûr, pour commencer. Des mesures d'accompagnement, également, pour tenter de guérir un alcoolisme endémique dans certains foyers. Il est possible que Boby en tire des enseignements et prenne conscience de la médiocrité de son comportement passé. C'est possible.
De retour de son délibéré le tribunal condamne le mari violent à douze mois de prison plus la révocation de son précédent sursis de deux mois. Avec quatorze mois au total il va passer, au mieux, devant le juge d'application des peines.
Trouver les sanctions les plus justes pour un homme qui a copieusement boxé le visage de son épouse, voilà qui tourne souvent au casse-tête.
Nota: les prénoms ont été changés. Le Portel est un gros village et les vrais prénoms identifieraient forcément le couple. Les époux ont deux enfants, dont l'ado qui a appelé la police. Ceux-là ne méritent pas de voir le nom du clan familial ainsi exposé.