Le conseil municipal par l'autre bout de la lorgnette

Y A COMME UN MALAISE

La réunion du conseil municipal de Boulogne s'est tenue ce vendredi 5 juin. Sans surprise, les 69 sujets à l'ordre du jour ont été adoptés à une très large majorité, parfois sans débat. Parfois avec des échanges hors sujets…

A l'invitation du maire, l'auteur de ces lignes est allé découvrir cette assemblée depuis la tribune réservée au public, j'ai failli écrire à la plèbe, on verra pourquoi plus loin.
L'avantage de cette tribune c'est qu'elle est plus spacieuse et un peu plus confortable que celle réservée à la presse officielle et dûment autorisée (oui, c'est une nouveauté 2026). L'inconvénient c'est qu'elle ne permet pas d'observer les bancs de l'opposition ni de bien entendre ceux qui y siègent.

Tout le monde est déjà en place quand le maire fait son entrée et gagne son fauteuil. Il est 19h05. Après la procédure d'appel (il y a peu d'absents) Frédéric Cuvillier fait venir auprès de lui son habituel superviseur. Claude Couquet, ancien contrôleur des impôts, est enlogé dans le conseil municipal depuis maintenant trente ans. Il est le dernier représentant d'une époque révolue commencée sous Guy Lengagne. Tous les autres, sans exception, ont été écartés. Réélu adjoint en mars dernier, C.C. est le doyen de l'assemblée. Il n'est pas là par hasard. L'ordre du jour peut se développer…

Dès le deuxième point, le vote d'un simple compte-rendu, le ton va être donné.  A la traditionnelle question du maire “Y a -il des questions?” l''élue de la liste Élan Citoyen demande la parole et intervient sur un point particulier de ce compte-rendu. Elle a eu à peine le temps de commencer son intervention que le maire l'interrompt sèchement au motif que ce serait une délibération sans débat. La dame tente de poursuivre. Le maire ne l'écoute plus, elle parle dans le vide. 
Étonnante cette attitude. Primo ce n'est pas très courtois. Il aurait été possible d'entendre l'élue pendant une minute ou deux avant de lui faire remarquer gentiment que sa question ne s'imposait pas à l'oral et qu'on lui donnerait toute précision ultérieurement. Mais non, ce fut la brutalité. On eut alors le sentiment que le maire voulait instaurer d'entrée de jeu une situation de conflit entre sa majorité et l'opposition. Qu'il ne recherchait pas le consensus mais l'écrasement ou l'asservissement. Avec parfois une mauvaise foi qui frise l'excellence. Par exemple, un élu RN qualifie de délinquants les gens du voyage qui s'installent illégalement sur le domaine public, comme il aurait qualifié de délinquants des scouts ou des pélerins qui agiraient ainsi. Que n'a-t-il pas dit là. Comment, vous osez généraliser et qualifier tous les gens du voyage de délinquants, lui reprochera le maire. La messe est dite. L'opposition de droite est raciste, la gauche majoritaire est donneuse de leçons de civisme.

Dans un autre domaine, le maire ne répondra pas directement à une question d'un élu du RN voulant savoir pourquoi le choix du déontologue s'était porté sur telle personne plutôt que sur une autre. C'est la secrétaire générale, une fonctionnaire, qui donnera une explication selon laquelle la déontologue de Boulogne exerce déjà cette fonction dans d'autres mairies du Boulonnais. De quoi bien améliorer sa retraite de fonctionnaire… des collectivités locales, comme par hasard!
Par contre le président de l'assemblée restera coi quand le leader de la liste RN lui fera remarquer que la loi sur le déontologue date de 2023 et que la mairie de Boulogne avait su s'en passer jusqu'à ce jour. Le reste des débats n'est qu'escarmouches politiciennes sans grand intérêt puisque la majorité a toujours raison.

A ce stade, on a compris qu'il ne va rien se passer de transcendant pendant cette séance et l'on se demande si le rare public qui est là n'est pas en service commandé. Heureusement, pour le chroniqueur, il y a un détail qui a retenu son attention, confer la photo ci-dessous:

Ça, c'est une vue de l'escalier qui donne accès à la salle réservée au public. Un accès que les élus, eux, ni les invités de luxe, n'empruntent jamais. La peinture de l'escalier est en partie effacée, le mur du fond est écaillé, fissuré, de même que le plafond, avec un trou en plus, et cette échelle allongée qui n'a rien à faire là. Quel mépris pour la plèbe! 
Quand on aura bien payé la déontologue, restera-t-il quelques billets de cent euros dans les caisses municipales pour changer ce décor. Un cache-misère, quoi !
Merci M. le Maire de m'avoir permis d'attirer l'attention sur ce deux poids deux mesures. 
 
Mais il y a une autre conclusion, plus sérieuse celle-là, à tirer de cette brève observation d'une séance. A savoir que le conseil municipal n'est plus un lieu de débats et d'échanges constructifs. Un lieu où rien ne serait figé et où les différents acteurs, élus du peuple, ne se comporteraient pas en bons petits soldats, disciplinés, obéissant aux ordres. Ou, pire, à l'ordre. 
Alors, dans ces conditions il ne faut plus s'étonner de la désaffection des citoyens, de leur méfiance, de leur défiance. Ce n'est certainement pas un hasard si entre sa première élection triomphale en 2008 et celle de 2026, Frédéric Cuvillier a perdu le soutient de quatre mille, oui 4.000 électeurs boulonnais. Et la diminution de la population n'est pas en cause puisque l'opposition de droite, elle, a progressé en nombre.
Il serait peut-être temps d'ouvrir les yeux et les esprits.

J.G.

 

PS: à noter que pour la première fois cette séance a été filmée et diffusée en direct sur facebook. On peut aussi, avec de la patience et de l'abnégation, la visionner en différé. Cela dure un peu plus de deux heures.