Au tribunal: des histoires de fous et de fesses
M'asseoir sur un banc, deux minutes avec moi et regarder la vie tant qu'y en a, chantait (presque) Renaud.
Il se prénomme Germain. Il a 34 ans et il a 34 inscriptions à son casier judiciaire. Il a commencé tôt.
Son nouveau problème se résume ainsi. Il est sorti de prison (pour une autre affaire) le 15 avril, il s'est fait de nouveau interpeller le 16 et le 18 il a repris le chemin de la geôle.
Il comparaît ce 8 juin pour “déplacement interdit à l'extérieur d'un périmètre déterminé pour prévenir la commission d'actes de terrorisme”. Cette interdiction lui a été signifiée avec l'arrêté préfectoral remis lors de sa sortie de prison. Germain a bien signé l'arrêté mais il ne l'a pas lu. Comme ça, le lendemain, en toute bonne foi, et sous le prétexte d'aller rendre visite à Étaples à sa mère-grand qui est malade, il a franchi ces limites. C'est vrai que pour franchir ce genre de limites, car ce n'était pas la première fois qu'elles lui étaient imposées, il fallait aussi être un peu borné. Ou alors avoir un profil psychiatrique, comme l'a décrit le psychologue de la prison.
Toujours est-il que Germain s'est assis sur un banc public, à la vue de tous. Et c'est là, que sur les coups de vingt deux heures, il s'est fait gauler par la gendarmerie. Avec retour en prison. En venant au tribunal bien encadré, menottes aux poignets, il aura quand même eu une heure de semi liberté. Soit le temps passé à répondre aux questions des juges. Après quoi il est reparti, toujours entravé, pour un nouveau séjour de huit mois. Moins les remises de peine.
Au suivant.
Autre histoire de fou. Rudy lui aussi était assis, pas sur un banc, mais sur le capot d'une voiture. Rien de mal à ça. Mais il a été contrôlé par des policiers qui le connaissaient bien, pourtant. C'est un vieux client. Lui aussi est arrivé au tribunal entravé. Il est poursuivi pour rébellion et outrages à agents. Son avocat voudrait plaider la nullité de la procédure. Le procureur ne serait pas opposé à un renvoi de l'affaire. Les juges décident de joindre l'incident au fond.
Au fond? Sauf qu'au fond, il n'y a pas grand chose à dire. Les propos de Rudy sont décousus. On apprend qu'il a des antécédents psy. Qu'il est bipolaire. Qu'il est astreint à prendre une série de médicaments divers trois fois par jour, des psychotropes, for sure comme dirait l'autre.
A un moment on est quand même en droit de se demander ce qu'un tribunal correctionnel vient faire dans cette histoire. Rideau.
Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent, pour un jeu de dupes, voir sous les jupes des filles. Et la vie toute entière, absorbés par cette affaire… chantait Alain Souchon. Pour son malheur, Charles-Henry a pris la proposition au mot et c'est pour cela qu'il se retrouve devant le tribunal.
Le 24 avril dernier, alors qu'il se trouvait dans la galerie culturelle du magasin Leclerc d'Outreau, un vigile l'a repéré dans ses vidéos. Et il l'a filmé au moment même ou cet homme coiffé à la rasta, avec des dreadlocks, tendait son téléphone portable sous la jupe d'une femme arrêtée devant un stand.
Et c'est comme cela que Charles-Henry s'est fait interpeller. A la requête du procureur de Boulogne, les enquêteurs ont fouillé dans son ordinateur et ont trouvé d'autres clichés. Des clichés de fesses de femmes, habillées bien sûr, car des clichés volés dans différents lieux publics. Charles-Henry fait partie d'un club d'amateurs qui aiment ces rondeurs et les captent à l'insu de leurs propriétaires. Une passion des clichés volés dont l'auteur est en train de découvrir les effets à retardement, à savoir six mois de prison. De quoi méditer sur la formule selon laquelle le désir s'accroit quand l'effet se recule.
Bon, si on a insisté (lourdement, il faut en convenir) sur cette histoire, c'est pour apporter la démonstration que la justice sait aussi s'intéresser aux affaires à connotation sexuelle. Si Charles-Henry a été poursuivi et condamné dans cette histoire, c'est aussi parce que les enquêteurs avaient pu vérifier que l'homme avait quelques antécédents judiciaires pas forcément sans lien avec la présente affaire. Il n'empêche que la sanction est lourde. Dissuasive. Comme une réponse au rassemblement qui était annoncé pour 19 heures devant le tribunal en réaction à la triste affaire de la jeune Lyhanna, un drame qui a mis la justice, sous toutes ses formes, en accusation. Une onde de choc nationale, comme l'ont qualifiée certains.
A ce propos, dès dimanche, un bouquet de roses blanches avait été déposé devant l'entrée du tribunal:

Et si on en déposait aussi devant tous les lieux de pouvoir..?