LE TRIBUNAL DES FLAGRANTS DÉLIRES

EN DIRECT DES STUDIOS TÉLÉ DE LONGUENESSE

Mardi 9 mai 2026. Depuis une semaine le monde médiatico-politique ne bruit que d'une rumeur selon laquelle la Justice serait responsable des maux qui frappent le pays et en particulier l'absence de sécurité des jeunes ou des femmes. Au point que la veille une forte délégation est venue protester contre ce “sentiment d'insécurité” (pas de droits d'auteur) devant le Palais de Justice de Boulogne comme un peu partout en France.

Mais il est est fort probable qu'une majorité des manifestants n'ait jamais mis les pieds dans un tribunal. Alors, entrez, entrez messieurs-dames, le spectacle va commencer.

L'audience de ce mardi est censée débuter à 8h30 mais à 9 heures on met tout le monde, magistrats, avocats, prévenus, rare public, hors la salle d'audience. La raison? Un prévenu doit être entendu, en audio-vidéo, depuis sa prison de Longuenesse mais il faut qu'auparavant il puisse s'entretenir confidentiellement avec son avocate désignée la veille. Et le seul lien qui existe passe par la dite salle d'audience.
L'entretien sera relativement bref et chacun pourra regagner sa place. La lecture des faits pour lesquels Yan C. est poursuivi peut commencer. 
Il est reproché à ce jeune homme de 21 ans d'avoir mis le feu à une voiture sur un parking de Boulogne.

Cette nuit-là Yan était furieux parce qu'un de ses clients ne pouvait (ou ne voulait) pas lui régler les 700 euros qu'il lui devait en échange d'une fourniture de tabac. Certes, Yan n'est pas débitant autorisé de tabac mais qu'importe, ce n'est pas là le problème du jour, les Douanes verront cela plus tard. Non, il est là, en audio-vidéo, parce que pour se venger de son client indélicat Yan avait décidé de mettre le feu à la voiture verte du mauvais payeur. Ainsi, après avoir bu plus que de raison, il a bien mis le feu à une voiture verte garée sur le parking. Pas de chance, ce n'était pas celle du client. Et voilà comment le jeune homme a été pris en flagrant délire. Difficile de ne pas en rire.

Depuis sa prison de Longuenesse il ne nie pas les faits même si ses explications sont confuses. Pas étonnant, plaidera son avocate, Yan souffre de troubles du comportement. Il est même sous médicaments pour cette raison. Problème, il n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà dix mentions sur son casier, dont cinq pour des peines fermes. A vingt et un ans! C'est délirant et cela tend à démontrer que la prison n'est pas une solution de rédemption pour un tel personnage. Mais comment en juger alors que pour ce genre de délit il encourt une peine allant jusqu'à dix ans de prison..?

De retour de délibérer le tribunal lui annonce que les faits ont été requalifiés en récidive légale. Il vient ainsi de s'accrocher quinze nouveaux mois de taule à son palmarès. A ce rythme là, dans quelques années il aura passé plus de temps en prison qu'ailleurs. Un vrai délire.
Mais que faire de tels personnages dont le nombre ne fait que prospérer devant les tribunaux?
C'est cela aussi le problème de la justice.
Il est neuf heure trente quand le rideau tombe sur cette histoire qui ne fait plus rire et il va aussitôt se relever car il reste encore quelques affaires à traiter. Dont, la plus importante, celle qui va voir comparaître un prédateur sexuel attiré par les jeunes. Un homme qui a déjà été condamné à trois ans de prison pour des faits similaires. Qui a accompli sa peine et qui comparaît libre pour répondre de pas moins de trente quatre autres faits de harcèlements, de sollicitations ou de corruptions de mineurs. Trente quatre. Avec toujours des références sexuelles, voire pornographiques. Un homme qui néanmoins va quitter le palais de justice libre, avec juste quelques mesures de contrôles obligatoires…

Voilà une affaire qui pourrait, à son tour, révéler les difficultés de rendre la justice. Parce que rien n'est jamais aussi simple ou évident qu'il y parait au premier abord. Mais il n'y aura pas de public pour en prendre connaissance. 
Les manifestants de la veille sont rentrés chez eux et les commentateurs du drame du Gers sont derrière leur pupitre, devant les micros ou sur les bancs des assemblées…
Dommage. La justice est pourtant rendue publiquement et au nom du peuple français.

(à suivre)