Le Margat à un jet (d'eau) de la vérité
Le Journaliste : Quel drôle d'endroit pour une rencontre. Que fais-tu, mon cher Margat, à bientôt minuit sur la falaise devant le Calvaire du Marin..?
Le Margat : Bin, j'voulois pon rataïe el trente cinquième anniversaire ed Nausicaa. Dèjà qu'j'avois rataïe el trente quatrième l'année dernière…
L.J. : Mais il n'y a pas eu de 34ème anniversaire pas plus qu'il n'y en aura de 36 ème..
L.M. : J'disois ça pour rire. Nan, j'étois v'nu voir el magnifique spectaque qu'on nous promettoit à c't'occasion…
L.J. : Ah, oui, et qu'en as-tu pensé?

L.M. : Bin, euh… Bin, qu'c'étoient des biauws jets d'iauw. Et in couleur et in musique. Et des jets d'iauw su l'plage ed Boulonne c'est pon courant. Même que les jours d'avant, les douches alles fonctionnoient déjà pus dins l'journée, alors des jets d'iauw pindint l'nuit, c'est estraordinaire.
L.J. : Et c'est tout ce que cela t'inspire..?
L.M. : Ui, sauf qu'ej'vois pon bin el rapport intre des jets d'iauw illuminés et Nausicaa qu'alle est cinsée définde el monde maritime…. Soit dit in passant, et j'dis pon ça pour dire du mal, on m'connaissez, mais fêter la mer sur eune plage qu'alle fait partie, avec El Portel, des plus polluées d'la côte, falloit quind même oser...
L.J. : Cela a néanmoins permis à ton maire, dans son propos d'introduction, de mettre tout ce travail en valeur…
L.M. : Ah bin li pour c'qui est du traval on peut dire qu'y chôme pon. C'est tous les jours qu'il est su'l pont jusqu'à pon d'heure. Au moins y justifie l'augmentation ed ses indemnités qu'y s'est accordaïe au mois d'mars..
L.J. : C'est un peu mesquin comme remarque. Et pourquoi crois-tu que ton maire il a fait venir à Boulogne l'ancien et peut-être futur président de la République…
L.M. : Ui, j'ai vu ça. Même qu'y sont allés visiter eune laverie participative qu'alle battoit d'l'aile. P'tête qu'y vouloient in profiter pour laver lu linge sale in famille…
L.J. : Ils ont aussi rendu une petite visite à un centre aéré…
L.M. : J'ai vu ça aussi. À un momint j'ai eu peur qu'Flanby et s'femme y soient v'nus jusse pour adopter un tiot margat du Quémin Vert, un peuw comme jadis on adoptoit un p'tit Noir in Afrique…
L.J. : Oh, tu exagère toujours. J'ai l'impression que tu es désabusé..
L.M. : Ej'crois plutôt qu'tous ceuw qui nous dirigent y z'ont abusaïe ed not' patience et d'not' crédulité comme y dit min Grand-Père. Et qu'tout ça, ça pourroit mal finir, que ce soit ici, in France, in Europe, ou dins l'monde.
L.J. : Dis donc, je te sens pessimiste..
L.M. : Nan, comme dit min Grand-Père, un pessimiste c'est c'ti qui croit tout c'qu'on l'y dit. Un optimiste c'est c'ti qui sait voir el vérité là d'où qu'les autes y font simblant ed croire les minsonges…
L.J. : Eh bien, je ne m'attendais pas à un cours de philosophie à cette heure tardive.
L.M. : On z'êtes p'tête pon au bout ed vos surprises. On comprindrez quind j'vous présint'rai min Grand-Père… Allez, à l'semaine prochaine….